
Depuis la défaite enregistrée à domicile devant Toulon, le Stade Toulousain savait qu'il devrait récupérer les points perdus à Ernest Wallon lors d'une rencontre à l'extérieur. Il ne s'imaginait peut-être pas qu'il le ferait à Paris, sur la pelouse du Stade français.
L'opération réalisée par les Rouge et Noir est, d'un point de vue comptable, inestimable. Alors que Paris aurait pu, dans le pire des cas, revenir à deux points, le voilà maintenant relégués à onze longueurs. De même, bon nombre de candidats à la qualification classés derrière Toulouse avant la 21ème journée ont perdu : Paris, donc, mais aussi Biarritz, Brive et le Racing.
Les voyants sont donc plutôt au vert, même si le mot d'ordre des entraîneurs, depuis lundi, est en substance ceci : rien ne sert de gagner au Stade français si c'est pour perdre quelques jours plus tôt face à Montpellier. Pourtant, on est prêt à parier que peu de joueurs étaient prompts à s'enflammer à l'issue d'une rencontre certes importante mais en aucun cas décisive. "Autant il ne fallait pas être alarmiste après la défaite de Toulon, autant il ne faut pas s’enflammer maintenant", résume David Skrela, auteur d'un 7/7 aux pénalités et transformations, ce qui a permis à son équipe de concrétiser sa domination lors du premier acte. "Tout est compliqué dans ce championnat : rien n’est fait, même si cette victoire nous permet de nous installer dans le haut du classement. Nous sommes dans une dynamique, à nous de la maintenir pour continuer à progresser jusqu’à la fin de la saison".
"Franchement, face à Paris, tout nous a souri. Il faut relativiser le résultat", renchérit Guy Novès. Le manager général, s'il cachait sa joie au coup de sifflet final, le faisait admirablement bien, car rien dans ses propos ne trahissait la moindre trace d'euphorie. "Tout le monde voit que la victoire est méritée, mais l’ampleur du score ne reflète pas la différence de niveau entre les deux équipes. Paris a des problèmes en ce moment, mais ce ne sera plus la même équipe dans quelque temps. Contre Toulon, on domine la première période, mais sans marquer. A Paris, David réussit trois pénalités et nous menons 9-0 à la pause. Rien qu’en tenant compte de ce paramètre, ce n’est pas le même match".
Ainsi, les points positifs ont été rapidement balayés par les différents protagonistes... "Il y a eu de la concentration, de la première à la dernière minute, une implication totale de la part de tous les joueurs. On a alterné les formes de jeu, c’est un élément intéressant. Et nous sommes restés lucides, en prenant les points quand il fallait les prendre", admet Guy Novès du bout des lèvres. Maxime Médard, lui, évoque une rencontre "référence" pour son équipe, mais admet que, paradoxalement, les choses auraient pu aussi prendre une autre tournure : "Malgré le score, cela se joue à pas grand-chose : on ne mène que 9-0 à la pause, l’essai de Bobol est un peu chanceux et Paris se voit refuser un essai à la vidéo".
Seule la prestation des avants, à dire vrai, ralliait l'ensemble des suffrages à l'issue du match. Il faut dire que le pack toulousain, dominateur en touche, en mêlée et sur les rucks, n'a laissé que des miettes à son adversaire. Or, si la formule est usée jusqu'à la corde, on ne la répètera sans doute jamais assez : Au rugby, tout commence devant.
" Evidemment, la domination de nos avants nous a facilité la tâche. Notre pack nous a permis d’obtenir des pénalités qui, petit à petit, ont creusé l’écart ", résume David Skrela. " Quand nos avants sont aussi performants, ça simplifie la vie, d’autant plus que derrière, David a tout réussi. Pour nous, cela permet d’être plus libérés, de tenter plus de choses ", analyse de son côté Maxime Médard.
Mais, à l'unisson, l'ensemble des acteurs reconnaissait un manque de réalisme durant la partie. Le souvenir de Toulon, où l'équipe avait eu le ballon durant une bonne partie de la première mi-temps sans réussir à scorer, était de toute évidence présent dans tous les esprits : "On domine quasiment toute la première mi-temps, et l’on se créé des occasions qu’on ne concrétise pas. Mener 9-0 à la pause en ayant quasiment eu toute la possession, c’est insuffisant : il faut encore travailler la finition", conclut David Skrela. La venue de Montpellier, vendredi à Ernest Wallon, sera peut-être l'occasion de vérifier les progrès dans ce domaine.