Romain, comment votre défaite concédée il y a peu à Anoeta pourra influer sur la finale ?
On se sert toujours des confrontations passées pour apprendre. On joue une équipe française en finale de H Cup, cela signifie donc que nous l'avons déjà affrontée deux fois cette saison. Au niveau de la conquête et des lancements de jeu, il y a donc des éléments à retenir, à moins que Biarritz n'ait eu le temps, depuis le match d'Anoeta, de refaire totalement son système.
En Coupe d'Europe, Biarritz a eu le même parcours que nous, avec un quart de finale disputé sur ses terres, pour une victoire de justesse, mais une qualification malgré tout. Au tour suivant, le BO a éliminé le Munster, qui n'est pourtant pas n'importe qui. Au cours de ce match, on a vu le Biarritz que l'on connaît, avec beaucoup de courage et d'abnégation, une équipe qui s'appuie sur de vraies valeurs.
Contre Perpignan, le week-end dernier, vous avez été en difficulté en touche ?
Il ne faut pas seulement regarder de notre côté : l'équipe adverse a le droit, elle aussi, de s'adapter. Perpignan était remarquablement organisé dans ce secteur et a su nous contrer.
La touche, à l'image de la mêlée, relève d'une multitude de petits détails : un timing, un placement, tous ces éléments qui font qu'on capte proprement un ballon à deux mains ou qu'on est obligé de le dévier. Vous me dîtes que nous sommes passés à côté contre Perpignan, même si la touche, je pense, n'a pas été trop défectueuse.
Le turn-over, important cette saison, peut-il expliquer un manque d'automatisme ?
Non. Ce roulement permet à chaque joueur d'être impliqué à 100%. Bon, on a sûrement moins de temps pour travailler depuis quelque temps, car nous sommes constamment sur le qui-vive et nous nous consacrons beaucoup à la récupération.
Mais on ne va pas se plaindre pour autant : on a gagné le droit de disputer cette finale, et peu importe l'équipe qui sera alignée, je suis certain qu'elle sera compétitive.
On a vécu beaucoup de choses cette saison, des moments forts comme des moments difficiles, et il n'y a plus lieu de se poser trop de questions. Il faut aborder cette finale avec un gros mental, oublier nos petits bobos et tout donner pour les dernières 80 minutes de la saison.
Que dire de la mêlée du Biarritz Olympique ?
C'est un secteur où le BO est très efficace, non seulement dans l'épreuve de force, mais également au niveau technique et tactique. De notre côté, on a été bousculés dans ce secteur contre Perpignan, mais cela ne changera pas grand chose à notre comportement cette semaine : même si nous avions gagné, nous aurions travaillé. On n'attend pas d'être en difficulté pour bosser sur un secteur la semaine suivante.
Mais les choses, c'est vrai, vont très vite. Dernièrement, nous avons été beaucoup encensés sur ce secteur de jeu, mais on ne s'est pas reposé sur nos lauriers pour autant.
Je ne sais pas si l'USAP nous a dominés techniquement, il faudrait en parler avec les piliers, car ce sont eux qui connaissent le mieux ce secteur, qui ont le meilleur ressenti.
Un mot sur Thierry Dusautoir, qui a souvent été votre capitaine cette saison ?
Thierry est quelqu'un d'extrêmement exigeant avec lui-même. C'est sans doute la clé de sa réussite. Il ne laisse rien au hasard. C'est un travailleur acharné, qui se remet en question de façon permanente. Ce n'est pas pour rien qu'il est l'un de nos capitaines, ici au Stade, et le capitaine attitré en équipe de France.
C'est quelqu'un d'exemplaire, sans doute pas un grand bavard, mais parce qu'il a compris que le meilleur terrain d'expression se situe sur le terrain. On attend d'un capitaine qu'il soit exemplaire, et c'est ce qu'il prouve jour après jour, semaine après semaine.
Encore une fois, c'est un taiseux, mais sa force se voit dans son regard : il suffit de le regarder droit dans les yeux pour savoir quel message il veut faire passer.
Guy Novès vient d'être désigné entraîneur européen des quinze dernières années...
C'est quelqu'un qui a un niveau d'exigence exceptionnel. Avant tout avec lui-même. Il essaie de transmettre aux joueurs cette envie de se dépasser. Je suis arrivé au Stade il y a dix ans, et cela fait maintenant huit saisons que je suis sous sa houlette. C'est lui qui m'a lancé, c'est lui qui m'a fait confiance. Je lui dois beaucoup.
Guy est entièrement dévoué à son club et à ses joueurs. De toute façon, il n'y a pas beaucoup à dire sur lui : il suffit de regarder son palmarès, qui parle pour lui. La culture de la gagne est immense chez lui : il pardonnera beaucoup, ne jugera pas sévèrement une réception manquée sous une chandelle.
Mais s'il y a un domaine avec lequel il ne transigera pas, c'est celui de l'engagement. Il faut mouiller le maillot, et c'est grâce à lui si personne ne triche dans notre groupe.