Avant le Racing Métro

Jean-Baptiste Elissalde : « Transmettre un maximum de confiance »

Avant le Racing Métro

Une défaite à domicile n’est jamais anecdotique. Comment avez-vous réagi après la défaite du week-end dernier ? Avec la perspective de deux déplacements compliqués...

Ça ne doit pas nous affecter outre mesure. Nous bossons. Je ne veux pas tomber dans la sinistrose, je ne suis pas résigné du tout. C'est la compétition.

Pour ce qui est du groupe, je ne suis pas dans la tête des joueurs mais nous faisons vraiment tout pour donner de l'envie, transmettre des sourires et de la confiance. Il y eu des fautes techniques en première mi-temps, je pense à ce turnover où Yann ne regarde pas l'extérieur pour exploiter un surnombre, ou après la percée de Jano Vermaak où la passe entre Toby et Max n'aboutit pas. Ce sont des occasions que nous devons concrétiser et qui doivent transformer la partie, c'est vers ça que nous avons été.


Hier encore, nous n'avons pas parlé de programmation. Nous avons regardé des situations pour adapter la défense, nous sommes sûrs que ça finira par payer. C'est ça être compétiteur : c'est essayer de se remobiliser quand ça ne va pas et rester mobilisé quand ça va. C'est mon apprentissage à moi aussi. Quand on est entraîneur, on apprend énormément de ces moments-là.

Pour repartir de l'avant, il y a sans doute plus simple qu'un déplacement chez le Racing Metro. Dans quel état d'esprit abordez-vous cette rencontre ?

Nous sommes un peu en difficulté mais vue la volonté qu'ont les joueurs tout au long de la semaine, le sérieux dans le travail et l'état d'esprit dont ils font preuve même dans la difficulté, j'ose espérer des moments meilleurs. De là à dire que ce sera ce week-end face au Racing, ça risque d'être encore compliqué. Il n'y a que le travail qui paye et de ce point de vue là, nous, le staff, sommes très satisfaits du comportement des joueurs. Ils pourraient tomber dans la morosité alors qu'en fait, ils sont revenus avec beaucoup de bonne volonté et une envie farouche de donner une meilleure image de l'équipe.

Où en êtes-vous des blessés dans le groupe ?

Nous avons beaucoup de bonnes nouvelles. Imanol, Kakovin, Census, Luke et Timoci ont repris l'entraînement cette semaine et nous n'écartons aucune possibilité. Même si pour certains d'entre eux, il faudra prendre un peu plus de précautions. Louis Picamoles a fait des examens, mais ses médecins sont encore sceptiques quant à sa reprise de course, nous espérons le récupérer le plus tôt possible, ce serait un bon signe pour nous. Nous l'espérons entre mi-octobre et fin novembre.

Gillian Galan a recouru mais c'es trop juste. C'est un cas un peu particulier, on va lui laisser du temps.

Pas mal de jeunes ont montré de bonnes choses avec les Espoirs dimanche dernier, notamment François Cros. Un joueur à lancer prochainement ?

J'y étais, et c'est vrai qu'il a fait un bon match. Il fait partie de l'effectif puisqu'il est souvent, et au moins jusqu'au jeudi, à l'entraînement avec nous. Il profite de la structure pro pour se développer physiquement. C'est un joueur très intéressant et intelligent ballon en main. Maintenant, il faut qu'il prenne un peu plus de densité physique. C'est quelqu'un de brillant.

Pourquoi ne pas le lancer... Au bout d'un moment, il va falloir trouver des solutions : deux troisième lignes centres étaient blessés. Si ça continue comme ça, bien évidemment qu'il faudra essayer de le mettre dans le grand bain, comme d'autres d'ailleurs.

Que dire sur le Racing Metro ? C’est une équipe qui a toujours eu de grands noms depuis sa remontée en Top 14, mais qui, depuis quelques mois, semble avoir franchi un palier ?


Ils ont fait un bon début de saison et gagné des matchs, notamment à l'extérieur ce qui n'est jamais facile. Leurs matchs ne sont pas encore forcément complètement aboutis mais ils les gagnent. C'est une équipe dans laquelle on sent de la confiance, où il y a pas mal de turnover. Il sera difficile d'aller chercher quelque chose.

Le match de barrage contre eux est-il encore dans les têtes ?

Non, nous avons assez de questions à nous poser en ce moment pour en plus se rappeler les mauvais souvenirs de la saison dernière. Ils étaient venus faire un gros coup ici en quart de finale et nous avaient sorti pour la première fois depuis une vingtaine d'années du dernier carré. Ça n'a pas été évoqué pendant la semaine, même si cela a peut-être été pensé mais ça n'a pas été un levier de préparation.

Justement, dans quel état d'esprit s'est passée la préparation ?

Je ne crois pas que nous, et moi plus particulièrement, ayons d'état d'âme. Il n'y a pas de résignation. Nous sommes peut-être même encore plus impliqués, plus pointilleux, plus souriants. Nous n'avons pas à tomber dans une défaillance mentale ou morale.

Au contraire c'est à nous de redonner de la confiance à tout ce petit monde parce que même si c'était un peu désorganisé et moins performant, les phases ordonnées en fin de match nous ont montré énormément d'envie. C'est sur ça qu'il faut bosser et donner un maximum de confiance aux joueurs en leur donnant l'envie de revenir conquérants et de retrouver un peu d'allant sur le terrain. Nous ne devons pas noircir tout le tableau.

Evidemment, dans la défaite, il y a du doute mais c'est au staff de ne pas tomber dans ce panneau-là et d'amener des réponses à leurs questions en étant le plus entrainant possible.

On a vu beaucoup de choses intéressantes contre Clermont, mais qui n’ont pas été concrétisées. Que ce soit à la moins, ou parfois au pied. Le manque de réalisme, c’est l’un de vos chantiers numéros 1 ?

Un peu de précipitation, peut-être n'a-t-on pas assez insisté dessus aux entraînements en privilégiant d'autres secteurs. Il est évident qu'il y a eu une pauvreté au niveau de l'occupation de terrain qui, en plus du déchets techniques sur nos temps forts, nous a pénalisé. Notre charnière n'y est pas pour rien et je suis donc aussi responsable de ça. Nous essayons d'y travailler.

Les garçons ont compris qu'il fallait soulager l'équipe plus souvent et que tenir le ballon sur 80 mètres, c'était bien mais souvent compliqué. Il faut trouver de l'alternance et retrouver des choses bien plus simples et efficaces pour ne pas rester dans notre camp.

Paradoxalement, ce n'est pas forcément ça qui me gêne le plus. C'est plutôt toutes ces actions où nous avons sorti la tête de l'eau et où, en faisant une faute de main ou sur un turnover, Clermont nous a puni par un coup de pied en nous faisant reculer de 60 mètres dans notre camp. C'est aussi sur ce genre de choses que nous devons travailler parce que c'est un mal récurrent depuis le début de la saison qui permet à l'adversaire de revenir très vite nous mettre sous pression.

C'est notamment ce qui s'est passé en première mi-temps avec la faute de Clément lors de l'essai refusé de Yoann Huget. Sans compter un jeu au pied de Toby et Yoann Huget qui nous a paru faible en longueur à deux reprises. Ce n'est pas faute de s'entraîner toute la semaine. Le geste technique a été mal réalisé, ce qui ne nous permet pas de respirer.

On dit que Toby Flood a encore un peu de mal à trouver le bon dosage dans son jeu, entre pragmatisme et jeu à outrance. Est-ce ton sentiment et comment s’adapter ?


C'est difficile, il a été éduqué dans un jeu très programmé. C'est une éducation différente de la nôtre et en quatre matchs de championnat, il n'a pas encore tout intégré. Mais ça va venir. C'est un garçon brillant, qui bosse et avec qui nous parlons beaucoup. Il discute également avec ses partenaires. Je n'ai pas d'inquiétude.

Du reste, nous avons deux numéros 10. Luke a plus de passé au centre même si Toby y a également joué un petit peu. Dans l'ordre des choses, ce sera forcément plus ce dernier à l'ouverture. Nous n'allons pas commencé à changer ses repères, il va falloir un temps d'adaptation.

Toby veut peut-être trop en faire, déjà à l'entraînement il en fait beaucoup. C'est dans la ligné de ce qu'il a dû connaître avec Wilkinson : il s'entraîne énormément. Il demande beaucoup d'entretiens individuels, il travaille sur ses matchs, avec ses partenaires. Bien évidemment que c'est un garçon qui a envie de bien faire, il est arrivé, il parlait français ! Il a envie d'y arriver, peut-être un peu trop vite et pas toujours dans le bon sens, mais j'ai entièrement confiance en lui. Ça va rentrer dans l'ordre.


Pour ce qui est de la pénalité manquée contre Clermont, je pense qu'il s'est précipité pour la taper compte tenu du temps imparti. Ce sont des choses qui arrivent, ça m'est arrivé. Ça arrive une fois par saison, ça ne se reproduira plus. Ça l'a d'ailleurs marqué parce qu'il s'est fait un long moment de but le lendemain et le surlendemain, ça l'a quelque peu froissé.

Au niveau de la charnière, il y a eu beaucoup de turnover à la mêlée, où on a pu notamment voir le jeune Sébastien Bezy.

J'ai trois demis de mêlée qui n'ont pas forcément les mêmes caractéristiques mais qui apportent chacun des choses intéressantes à l'équipe. Le turnover, à la mêlée et ailleurs, continuera le plus longtemps possible parce qu'il faut que nous ayons cette effervescence. Par le passé, nous avons trop payé à coup de blessures le fait de toujours faire jouer les mêmes.

Au poste de 9, il n'y en a pas un pour l'instant qui se détache. J'en ai parlé avec eux, tout est clair. A ce titre, Sébastien Bezy fait partie des trois demis de mêlée du club. Il a fait un match sérieux avec les jeunes dimanche, il sera certainement là ce week-end.

Et Arthur Bonneval, où en est-il ?

Il a repris son premier match de championnat avec les Espoirs le week-end dernier et a marqué deux essais. Il a eu une longue période de soin pour un début de pubalgie. Il faut y faire attention, nous n'avons donc rien précipité.

S'il se met dans les meilleures dispositions extrasportives pour réussir, c'est un garçon qui ne sera pas loin du compte dans les prochains mois. On compte dessus, il est aussi avec le groupe professionnel toute la semaine avant le choix des entraîneurs de le garder ou de le renvoyer en Espoir.