Centre de Formation

V. Vischi-Serraz : "Développer le joueur dans toutes ses dimensions"

Centre de Formation

Récemment accueillie parmi les membres de l'Académie Toulousaine de Rugby, la directrice du Centre de Formation du Stade Toulousain Valérie Vischi-Serraz est revenu sur les valeurs et les objectifs de son entité, qui ont construit sa réussite.

Valérie Vischi-Serraz, pouvez-vous préciser les objectifs du Centre de Formation ? Quelles sont les valeurs que vous et vos équipes cherchez à transmettre ?

Toute l'équipe du Centre de Formation a pour objectif de former des jeunes joueurs en vue de leur intégration dans l’équipe professionnelle. Cette année, nous nous sommes vus confier vingt-neuf joueurs. Au sein de ce groupe, notre ambition est de permettre à deux joueurs de rejoindre l’effectif professionnel chaque année. Nous voulons ainsi être un club formateur, offrant du temps de jeu à ses jeunes afin de devenir les futurs professionnels de l’équipe du Stade Toulousain. Généralement, un tiers de l’effectif pro est issu de la filière de formation, avec des joueurs de niveau national et international.

Au Stade Toulousain, nous insistons beaucoup sur la rigueur, l’exigence, la remise en question, mais aussi sur la capacité à travailler dur pour se développer physiquement. Nous cherchons à former un joueur capable de performer à travers sa capacité à lire le jeu et à désorganiser la défense adverse. Ce qui est très important pour nous, c’est d’être très rigoureux à l’entraînement au quotidien afin d’être efficace le jour du match. Il est nécessaire également d’avoir cette capacité, en termes de comportement et de personnalité, de vouloir s’imposer pour être le meilleur à son poste et de vouloir gagner le match suivant afin de rester dans une dynamique de victoire.  

Au sein du Stade Toulousain et au regard de son palmarès, il existe depuis très longtemps une volonté d’être un club formateur permettant aux joueurs de sortir de la filière de formation pour faire carrière. Il y a ainsi des générations de joueurs qui sont partis de l’Association du Stade Toulousain avec laquelle elles ont remporté des titres, avant d'évoluer par la suite avec l’équipe première stadiste, voire avec l’équipe de France. Je pense que le palmarès du club et le nombre d’internationaux formés au Stade attestent de notre réussite. Depuis 2002, 63% des jeunes passés par notre filière de formation sont devenus professionnels. Au sein de ce pourcentage, un tiers des joueurs sont devenus professionnels avec le Stade Toulousain.

D’autre part, il y a une valeur humaniste du club à prendre en compte, qui est de développer le joueur dans toutes ses dimensions en lui permettant de réaliser une formation professionnelle, scolaire ou universitaire ambitieuse. Ainsi, il peut en parallèle de son parcours sportif accéder au meilleur niveau de formation compatible avec la compétition et l’entraînement. Nous avons aujourd’hui des joueurs comme Sébastien Bézy ou François Cros qui font des études supérieures jusqu’à atteindre des niveaux de Bac+2 ou Bac+3. Certains joueurs sont également devenus ingénieurs. L’important est donc de pouvoir concilier les études et le sport. C’est quelque chose auquel le Stade Toulousain tient beaucoup. Depuis 1988, le développement de la structure du Centre de Formation a toujours été dans cet esprit-là.

A son arrivée à la tête du club, le président Didier Lacroix avait souligné l’importance du comportement au Stade Toulousain. Il avait notamment affirmé que l’objectif du club était « au-delà de former des joueurs, de former des hommes ». Cette philosophie a-t-elle également du sens pour vous ?

Oui, le Centre de Formation, avec son école technique privée préparant à des cursus tels que des BTS ou des licences, a véritablement cet état d’esprit. Le joueur est d’autant plus performant s’il est équilibré dans sa vie d’homme et si nous lui donnons les moyens de se développer en dehors du terrain. L’objectif est donc de former des hommes matures, responsables et autonomes, qui sont capables dans l’adversité et l’exigence de la compétition de s’accomplir, de s’affirmer et de relever les multiples défis de leurs vies.

Cela prend d’autant plus d’importance lorsque le joueur se blesse ou est en difficulté sportivement : s’il est structuré hors du terrain grâce à sa vie privée et à ses compétences, il aura la possibilité de revenir à niveau plus rapidement. Sa valeur d’homme ne dépend pas uniquement de sa performance sportive. Si cette dernière n’est pas au rendez-vous, il est nécessaire qu’il puisse rebondir pour hisser son niveau et passer au cap supérieur. C’est un facteur important pour la solidité mentale du joueur. Un compétiteur de haut niveau est quelqu’un qui a une force mentale au-dessus de la moyenne car il est capable de se fixer des objectifs et de gagner, y compris dans la difficulté et face à l’opposition de son concurrent. Cette force mentale se forge aussi à travers un parcours universitaire qui sécurise le joueur sur sa valeur.

Pouvez-vous dresser un bilan de la saison réalisée par la promotion de la saison dernière, une année au cours de laquelle le Centre de Formation a été désigné numéro 1 français par la Ligue Nationale de Rugby ?

Cette distinction a été importante car il s’agit de la reconnaissance du professionnalisme de toute la filière de formation du club. C’est le fruit d’un travail transversal. Le Centre de Formation s’appuie sur les équipes de l’Association du Stade Toulousain. Le staff de l’équipe première permet ensuite aux jeunes joueurs de trouver leur place et de pouvoir jouer au meilleur niveau et, s’ils s’affirment, de pouvoir devenir des titulaires à part entière au sein du groupe. Cette performance-là correspond vraiment au travail collectif du club. C’est aussi une reconnaissance de la capacité du Stade Toulousain à prendre en charge la formation universitaire ou scolaire des joueurs.

L’un des faits marquants de l’année dernière est le prêt de Thomas Ramos à Colomiers. Cela lui a permis de passer un cap. Nous avons pu voir que le fait de prêter un joueur de façon pertinente dans un club de Pro D2 pouvait être un moyen de donner de la confiance aux joueurs et de les aider à s’affirmer. Le retour de Thomas au sein de l’équipe pro au Stade Toulousain et son émergence parmi les éléments les plus importants du groupe est un signe que nous pouvons véritablement permettre à ces joueurs en devenir d’accélérer leur formation en passant par ce type de processus. Cette démarche est porteuse d’enseignements pour l’avenir de la formation au Stade Toulousain. Enfin, la saison passée a également été marquée par l’arrivée de Cyril Baille en équipe de France. C’était une belle récompense pour l’ensemble du club.                            

La qualité de l’enseignement au sein du Centre de Formation du Stade Toulousain est mise en avant depuis de nombreuses années, avec l’éclosion constante de nouveaux talents qui ont ensuite réussi avec l’équipe première. Quel regard portez-vous sur cette culture du succès auquel vous êtes souvent associé ?  

Personnellement, je crois beaucoup aux valeurs que défend le Stade Toulousain et je m’y reconnais, c’est la raison pour laquelle je m’implique autant dans le club. Selon moi, le Stade se distingue par la force de son collectif, de son histoire et des hommes qui le représentent. Avoir actuellement un Président comme Didier Lacroix, qui a porté le maillot du club et grandi au Stade Toulousain, est emblématique de la culture du club. Un joueur qui a porté le maillot peut devenir président, un « gamin » qui a porté le maillot peut devenir entraîneur au Stade… Cela fait partie de l’identité du club. La formation est bien entendu une colonne vertébrale de ces valeurs et de cette identité.

Au sein de l’équipe première, il existe actuellement une brillante génération de joueurs passés par le centre de formation du Stade Toulousain, incarnée par Cyril Baille, Dorian Aldegheri, Arthur Bonneval, Julien Marchand, Florian Verhaeghe, François Cros, Thomas Ramos, Romain Ntamack. Comment jugez-vous l'évolution de ces garçons ? Qu’est-ce qui les caractérise ?

Tous ces joueurs sont animés d’une volonté de réussir et de trouver leur place, ils ont un désir inébranlable de s’affirmer au sein du groupe professionnel. La détermination ainsi que la confiance en soi et en ses capacités est un élément déterminant de la performance sportive. Ces garçons ont tous cette étincelle et cette assurance que « c’est possible », malgré les difficultés et les doutes. Ils se disent qu’ils sont légitimes à rêver grand. Ils ont chacun des personnalités différentes, mais possèdent cette « étincelle » que l’on peut reconnaître en chacun d’eux. 

Après trente années passées au club, quel joueur vous a le plus impressionné au cours de son passage au centre de formation ? Pour quelle raison ?

Cyril Baille m’a marqué, et ce dès le premier entretien au Centre de Formation avec ses parents. Je percevais à travers la façon intense avec laquelle il m’écoutait et sa concentration qu’il mesurait sa chance d’être au Stade Toulousain et qu’il allait jouer sa carte à fond pour atteindre ses objectifs. On peut dire qu’il « s’y voyait » même si ce n’était pas du tout de l’arrogance. Il était à la fois dans l’émerveillement et dans la détermination de réussir. Par la suite, il a été rapidement identifié parmi les jeunes joueurs à fort potentiel. Avec des garçons comme Dorian Aldegheri et Christopher Tolofua, il a été sacré champion de France en Cadets Alamercery en 2010, avant d’intégrer un peu plus tard le groupe professionnel.

A titre personnel, vous avez récemment été accueillie en tant que membre de l’Académie Toulousaine de Rugby. Que cette distinction a-t-elle représenté pour vous ?

Cela m’a émue car c’est une forme de reconnaissance de tout le travail mis en place depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, au niveau de la formation au Stade Toulousain. Je me sens quelque part l’ambassadrice de cette logique de formation caractérisée par ce double axe avec les aspects sportif et scolaire ou universitaire. Je suis heureuse de voir le club valoriser cela. Après trente ans passés au club, cette distinction me touche forcément.

Je reste également consciente qu’en raison de la mondialisation du rugby et de la réussite économique amenée par le professionnalisme, le contexte devient plus difficile pour la filière de formation. Il est ainsi plus délicat pour les jeunes joueurs d’avoir du temps de jeu. Pour les clubs qui cherchent des résultats immédiats, il est souvent plus facile et plus rentable de recruter de grosses pointures venant de l’étranger. J’espère qu’à l’avenir, nous aurons les moyens de préserver une logique de formation avec de jeunes joueurs qui, grâce à leur talent, seront en mesure d’évoluer au plus haut niveau.