Interview

Les souvenirs de Pierre Villepreux

Interview

Ceci est un court extrait de l'interview de Pierre Villepreux. L'intégralité de l'entretien est à découvrir dès maintenant dans votre Mag digital consacré à Stade Toulousain-Castres Olympique !

Quel est votre plus beau souvenir en tant que joueur ?

C’est toujours une question difficile car j’ai plusieurs souvenirs en tête. Je me souviens de défaites en équipe de France où nous avions tellement bien joué que c’est comme si nous avions gagné. Je pense notamment à une rencontre au Pays de Galles en 1971 et à un match contre les All Blacks à Auckland au cours duquel nous avions inscrit plus d’essais que nos adversaires, nous nous en étions vus refuser deux sur des en-avants discutables. L’anecdote est qu’à l’époque les arbitres étaient néo-zélandais. Si nous avions eu la vidéo, je pense que nous aurions gagné le match. Ces matchs sont pour moi plus marquants que le Grand Chelem de 1968 par exemple, auquel j’ai participé mais lors duquel le jeu n’était pas extraordinaire.

Au Stade Toulousain, la finale de Championnat de France en 1969 perdue face à Bègles (11-9) me vient particulièrement à l’esprit. Ce match n’est pas du tout un bon souvenir mais tout ce qui s’était passé avant, en l’occurrence le parcours du Stade, en est un. Notre équipe n’était pas forcément attendue à ce stade de la compétition et était composée de jeunes joueurs qui s’étaient bien exprimés durant la saison. Jusqu’en 1974, nous avions une très belle équipe de rugby. 

A l’issue de votre carrière professionnelle, vous avez décidé de vous orienter très rapidement vers le poste d’entraîneur. Est-ce quelque chose que vous avez toujours ambitionné ?

A l’origine, j’étais professeur d’éducation physique et j’enseignais le rugby à l’université. Lorsque j’ai quitté le Stade Toulousain en 1974, je me suis dit que si je devais arrêter le rugby, je devais m’en aller. Je suis donc parti à Tahiti pendant trois ans. Je l’ai fait car je savais que là-bas, personne ne m’embêterait pour me demander de jouer. (rires) Quand je suis revenu en France, la fédération italienne est venue me voir pour me demander de m’occuper des entraînements de leur équipe nationale et d’assurer en même temps le développement du rugby en Italie. Cela m’a intéressé et je suis parti pendant trois ans à Rome. Cela me permettait d’avoir un certain détachement puisque je ne quittais pas mes fonctions de professeur d’éducation physique en France, mais j’étais à la disposition de la fédération italienne. Cela me convenait très bien.

J’ai choisi d’entraîner car c’était pour moi un moyen de rester en contact avec le rugby. Par la suite, lorsque je suis rentré d’Italie. Jean Fabre, qui était président du Stade Toulousain, m’a demandé si je voulais entraîner l’équipe première. J’ai accepté avec plaisir et j’ai ainsi été pendant dix ans entraîneur du Stade Toulousain, de 1981 à 1991.

On sait que vous avez énormément voyagé dans votre vie : la Polynésie, l’Angleterre, l’Italie… Ces voyages vous ont-ils permis de découvrir et d’appréhender le rugby différemment ?

Bien sûr, car on est confronté à des cultures différentes et à des méthodes d’enseignement du rugby distinctes. Les joueurs ont également des profils différents. On se rend compte que si l’on veut être efficace dans ce contexte, il ne faut pas arriver avec ses idées mais plutôt essayer de les amener progressivement afin de se les faire approprier par les « gens du coin ». Toutes ces cultures m’ont beaucoup enrichi et aidé. Mon passage en Italie a été pour moi un moment très fort. Quand je suis parti vivre à Tahiti, j’en ai profité pour aller en Nouvelle-Zélande, c’était à cinq heures d’avion. Cela m’a permis de connaître des gens, comme les deux entraîneurs des All Blacks, dont un, Wayne Smith, qui est venu au Stade Toulousain pour voir comment on s’entraînait. Toutes ces connaissances issues de différentes cultures m’ont permis de diffuser la méthodologie d’enseignement que j’ai essentiellement pratiqué au Stade Toulousain. Si je l’ai importé à Toulouse, c’est également parce que je l’avais testée ailleurs.