Mag du Stade | CASTRES - page 18-19

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STADE TOULOUSAIN
VS CASTRES
STADE TOULOUSAIN
VS CASTRES
L’INTERVIEW
DU
STADE TOULOUSAIN
rugby féminin
david
gérard :
Le Stade Toulousain Rugby Féminin va disputer en septembre sa
première saison officielle. Comment est-il né ?
Dans ma tête, il est né il y a deux ans quand j’ai repris l’équipe féminine de
Fonsorbes. Elle était composée à 90 % de Toulousaines qui faisaient 40
km pour s’entraîner et jouer, ce que je trouvais presque indécent. Personne
ne leur donnait les moyens de se développer et de pratiquer un sport de
haut niveau alors qu’elles étaient en élite. Malgré tout, chaque année, elles
réussissaient à s’en sortir, juste avec du cœur. Je me suis dit que le cœur
avait ses limites et qu’il était temps de leur donner ce qu’elles voulaient :
du haut niveau. Et le haut niveau à Toulouse, c’est le Stade Toulousain.
Concrètement, dans quelle division évolue-t-il et combien d’équipes
le composent ?
L’équipe fanion est en Elite 2, ce qui est l’équivalent de la Pro D2. L’élite
du rugby féminin, le Top 8, est très exigeant parce qu’il n’est composé que
d’un petit nombre d’équipes et impose d’avoir une trésorerie conséquente.
L’an dernier, nous avons perdu la finale de l’Elite 2 à un point près mais
nous n’aurions pas pu monter, faute de moyens financiers.
Le Stade Toulousain Rugby Féminin est composé d’une équipe 1 et d’une
équipe 2, qui est l’équivalent des Espoirs pour les garçons. Il y aura aussi
deux équipes de moins de 18 ans, dont une qui jouera à 15 et l’autre à 7.
Ça fait un total d’environ 145 joueuses.
Il y a eu des journées de détection au début de l’été afin de recruter
des joueuses. Ont-elles rencontré du succès ?
On a vu des filles arriver de partout, de tous les sports, de tous les
clubs. Elles n’étaient pas loin de 140 à répondre présentes. Nous avons
trouvé ça génial de rassembler autant de jeunes filles alors que nous ne
sommes pas une sélection, ni régionale, ni nationale : nous ne sommes,
entre guillemets, qu’un club. Certaines ont traversé la France pour venir.
Une joueuse d’à peine 16 ans vient seule de Dijon s’installer à Toulouse,
seulement parce que son rêve est de jouer au Stade Toulousain. C’est
fabuleux. C’est ce genre d’histoires qui prouvent que nous avons eu raison
de nous investir dans ce projet.
Sportivement, quelles sont les ambitions de l’équipe première pour
la saison à venir ?
L’Elite 2 est compliquée parce que les poules sont faites en fonction de la
géographie. Et comme tout le monde le sait, le sud-ouest rassemble les
gros clubs. Nous allons retrouver des cadors comme Bordeaux, dont le
budget a explosé cette année.
Mais notre objectif est de finir dans les quatre pour se qualifier. Nous
savons que cela ne va pas être facile. Notre équipe est très jeune, la plus
jeune de l’élite, avec une moyenne d’âge de 19 ans. C’est aussi pour ça
que nous avons repris les entraînements tôt et que nous nous donnons
tellement de mal : nous voulons exister.
Quand les entraînements ont-ils repris et quel est le rythme
hebdomadaire ? Ça ne doit pas toujours être facile pour
les joueuses de concilier leurs vies d’étudiantes et/ou
professionnelles avec le rugby ?
Nous avons repris le 4 août et c’est assez casse-tête, même si les
filles ont trouvé des jobs à mi-temps pour être plus disponibles.
Notre cadence d’entraînement de pré-saison est de trois à quatre
entraînements par semaine, plus deux séances de musculation.
Il faut composer avec les absences de certaines filles en nous
organisant pour leur faire rattraper les séances en journée. C’est
difficile pour les coachs d’avoir des vacances (
rires
) ! Mais nous ne
voulons pas qu’elles aient de retard, et elles ne le veulent pas non
plus. D’autant plus qu’en septembre, la difficulté va monter d’un
cran pour se mettre en mode compétition.
Comment définirais-tu le groupe qui compose la Une ? On a
l’impression qu’il y a beaucoup de très jeunes joueuses, ce
qui laisse supposer une belle marge de progression ?
C’est un groupe avec des filles pétries de qualité. Il y a un super
groupe qui revient de loin parce qu’il a longtemps souffert d’un
manque de légitimité et de moyens. Aujourd’hui, elles se sentent
comprises, on leur donne enfin du haut niveau avec un cadre
professionnel.
Nous avons cependant les défauts de nos qualités. Elles sont
jeunes, fougueuses. On sent beaucoup d’envie mais parfois, il
nous manque cette fille qui va calmer le jeu, cadrer les choses. Il
nous faudrait une personnalité qui réussirait à canaliser toute cette
énergie. Mais au fil du temps, des cadres émergeront du groupe.
Tu connais très bien le rugby masculin, pour avoir été pro et
pour entraîner les Crabos du club. Au niveau de l’état d’esprit,
de l’ambiance, y a-t-il de grandes différences entre une équipe
masculine et une féminine ?
Quand tu es entraîneur d’une équipe de filles, il faut réfléchir et
être minutieux sur les mots que tu utilises. Un garçon va prendre
les choses au premier degré et t’écouter un peu à moitié. Une
fille étudie tout ce que tu dis et à tous les niveaux. Ce sont des
éponges, elles vont intérioriser ce que tu leur apportes.
« Ça arrive enfin… »
L’équipe de France féminine a réalisé un superbe parcours
lors de la Coupe du Monde et a suscité un engouement
exceptionnel. Comment l’analyses-tu et n’est-ce pas la preuve
que l’avenir du rugby français passe aussi par les féminines ?
J’ai beaucoup entendu dire que le rugby est un sport de mecs.
Peut-être, mais il peut très bien être joué par des filles, et je
trouve ça beau. Sur un terrain, elles montrent qu’elles sont des
combattantes, qu’elles aiment ce sport comme nous l’aimons.
Tout le monde a été happé par cet engouement autour de l’équipe
de France, mais elles existent depuis longtemps... Et elles
sont enfin sous le feu des projecteurs. Certes, pas autant que
les garçons parce que nous savons très bien que ce n’est pas
possible. En revanche, il ne faut pas que cet engouement s’arrête
après la Coupe du Monde, sinon ce ne sera qu’un coup dans l’eau
et on ne recommencera que dans quatre ans.
Le grand problème du rugby féminin, c’est que tout le monde en
veut, mais on oublie qu’il faut donner aux filles les moyens de
pouvoir en faire. Ceux qui ont bien compris ça à l’heure actuelle,
c’est Montpellier. Leurs filles sont championnes de France depuis
trois ans et ce n’est pas prêt de s’arrêter.
Peux-tu nous donner de bonnes raisons de venir encourager
le STRF quand il évolue à domicile ?
C’est une équipe du Stade Toulousain et c’est déjà une bonne
raison. Le club compte beaucoup de supporters et lorsque l’on
supporte un club, on supporte toutes ses équipes. Il y a aussi
l’aspect historique : ce sont les premières filles à jouer avec un
maillot rouge et noir et l’emblème du Stade sur le cœur. Il n’y a rien
de plus beau, ça arrive enfin. Pour elles, c’est une responsabilité.
Elles ressentent une certaine pression mais elles se donnent à
fond pour être à la hauteur. Et enfin, la dernière raison serait que
Toulouse est un haut lieu du rugby à XV et son équipe féminine a
besoin de sa ville. Je donne donc rendez-vous pour leur premier
match de championnat, le 21 septembre, à 15h, contre Castres,
sur le terrain du TOEC.
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