Mag | Grenoble - page 10-11

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STADE TOULOUSAIN
vs
grenoble
STADE TOULOUSAIN
vs
grenoble
Depuis le début de la saison, Grenoble enchaîne les belles
performances à domicile. Rester invaincu au Stade des Alpes, cela
fait partie des objectifs ?
Tout à fait. Si nous voulons obtenir le maintien le plus vite possible, nous
nous devons de rester invaincus à la maison. Jusqu’à présent, nous
avons affronté des équipes de « notre championnat », celles qui veulent
également assurer un maintien rapidement. C’est donc une bonne chose
d’avoir pu enchaîner toutes ces victoires, qui nous permettent d’être dans
une position confortable vis-à-vis de cet objectif.
Aujourd’hui, nous sommes en haut de tableau, avec un petit matelas et
plus de dix points d’avance sur les deux relégables. Mais le championnat
peut aller très vite, et tant que nous n’aurons pas 45 points, nous ne
pourrons pas souffler et penser à autre chose.
A l’inverse, les résultats à l’extérieur ne plaident pas en votre faveur.
Comment expliquer une telle différence, avec notamment certains
matchs, comme à Castres, où vous êtes totalement passés à côté ?
Nous avons une réelle volonté de produire du jeu, ce qui passe par
prendre des initiatives et parfois des risques. Nous sommes très portés
sur l’offensive. Jusqu’à présent, à la maison, cette dynamique nous a souri :
nous épuisons les équipes et cela finit par réussir.
A l’extérieur, c’est plus compliqué. Les adversaires savent désormais que
nous jouons beaucoup et nous attendent. Certains petits détails ne nous
réussissent pas en déplacement. Il nous faut peut-être réduire un peu la
voilure, proposer un rugby moins ambitieux mais plus pragmatique...
Mais nous sommes sur une philosophie qui consiste à garder le ballon et
le déplacer. Nous prenons du plaisir là-dedans. Lors des matchs à Castres
et Toulon, qui nous ont fait mal au niveau comptable, nous avons la
possession et occupons bien le terrain. Mais nous nous sommes exposés
aux contres et avons pris beaucoup de points.
Lors de la dernière journée de championnat, tu as marqué 29 points
face à Lyon et réussi tes 10 coups de pied. Cela fait de toi aujourd’hui
le meilleur marqueur du Top 14. Ces données t’apportent-elles une
certaine assise pour la suite du championnat ?
C’est bien, mais ce n’est pas forcément ce que je regarde. Je me concentre
surtout sur le bon début de saison de notre équipe. Ces classements
individuels reflètent le travail collectif, la bonne forme de l’équipe. S’il y
a beaucoup de pénalités à tenter, cela veut dire que nous avons réussi à
mettre notre vis-à-vis à la faute.
Cette fois-ci, tout est rentré. Mais la réussite peut être aléatoire, c’est la vie
d’un buteur. Je travaille énormément, car chaque point peut être important,
et parfois, le sort d’une rencontre peut basculer à quelques centimètres
près.
Mais globalement, je suis content de voir que le travail paye.
Cela donne de la confiance individuelle et collective. Si
nous avions perdu contre Lyon, les vacances auraient été
moins agréables, la reprise plus délicate. Notre cinquième
place nous a permis d’aborder la trêve avec sérénité. Nous
avons encore une grosse marge de progression, mais nous
sommes partis avec le sentiment du travail bien fait.
Justement, comment as-tu accueilli cette trêve de trois
semaines, alors qu’ au FCG, vous aviez déjà soufflé lors
de la petite Coupe d’Europe ?
C’est vrai, mais le championnat est tellement long et
éprouvant, que la trêve est quand même bienvenue. Au-
delà de l’enchaînement des matchs, le Top 14 est très
fatigant au niveau mental : il faut continuellement maintenir
les joueurs sous pression. Et nous n’avons pas un effectif
comme peuvent en avoir les six gros du championnat, avec
une profondeur de banc qui permet d’aligner deux, voire
trois équipes de même niveau.
Aujourd’hui il est important de gérer ces paramètres. C’est
ce que fait très bien le staff en essayant d’équilibrer les
temps de jeu, de garder une qualité et une fraîcheur tout au
long de la saison.
Tu n’es pas à titre individuel resté inactif, puisque tu as été
convoqué pour la première fois avec les Barbarians Français.
On imagine que c’est avec beaucoup d’envie que tu as joué
ce match de gala ?
Beaucoup d’envie et surtout énormément de plaisir. Jouer pour
une sélection est toujours exceptionnel, et pour les Barbarians
encore plus. Au-delà du prestige, c’est une sélection mythique.
C’est une belle chose. Pouvoir porter ce maillot pour la première
fois, ce maillot que beaucoup de grands joueurs ont endossé
avant moi, c’était un honneur.
D’un point de vue personnel, on évoque souvent des périodes
d’adaptation lors d’un changement de club. Mais à voir tes
statistiques de temps de jeu, on voit que tu t’es rapidement
fondu dans le collectif de ta nouvelle équipe ?
Mon intégration a été rapide parce qu’il y a au sein du club un
noyau dur. Le staff n’a pas bougé à l’intersaison et les entraîneurs
ont fait en sorte d’impliquer tout le monde. Fabrice Landreau et son
staff ont mis tout un univers en place, porté par les joueurs et pour
les joueurs. Ce mode de fonctionnement permet à tous d’intégrer
rapidement les schémas, les stratégies et les lancements.
Le voyage de pré-saison en Argentine a également eu un gros
impact sur l’état d’esprit et la mentalité du groupe. Il a favorisé
le bon début de saison de l’équipe et l’intégration de tous les
nouveaux.
Au-delà de ton adaptation à ta nouvelle équipe, il y a aussi le
fait de changer d’environnement, après sept ans à Paris. On
imagine que la vie à Grenoble est très différente… Comment
as-tu géré la transition ?
Quand je suis parti de Paris, je voulais remettre l’accent sur le
rugby et retrouver du plaisir à enchaîner une saison pleine avec
du temps de jeu. C’est ce que je suis allé chercher à Grenoble
et ce que j’y ai trouvé jusqu’à présent. La priorité était purement
sportive, et je n’avais donc pas d’a priori particulier sur cette ville.
Quitter Paris n’est jamais facile mais petit à petit, je découvre une
ville agréable où il y a beaucoup de choses à faire et où il fait bon
vivre. Je m’y plais.
Tu as quitté le Stade Toulousain depuis de nombreuses
années maintenant. Venir à Ernest Wallon reste-t-il un
moment particulier ?
J’ai passé au Stade mes plus belles années de jeunesse. J’y ai
gagné des titres et rencontré ceux qui sont aujourd’hui mes plus
anciens amis. J’en garde de sacrés souvenirs. Sur le moment,
on ne se rend pas compte que ce sont les meilleures années.
Mais lorsqu’on devient pro, que les saisons s’enchaînent plus ou
moins bien, on réalise que les meilleurs moments sont dans ces
années-là.
Quand je retrouve sur un terrain l’un des joueurs avec qui j’ai été
champion, il y a quelque chose qui nous lie. Par exemple, avec
les Barbarians, j’ai retrouvé Julien Le Devedec. Les premiers titres
marquent un groupe et les hommes. Pour toutes ces raisons,
revenir à Toulouse reste quelque chose de très agréable, de
particulier.
Comment analyses-tu le début de saison toulousain, avec
une série de victoires qui est venue succéder à une très
inhabituelle série de défaites ?
La presse s’est beaucoup enflammée à ce sujet. Tout le monde
s’est empressé de dire que le Stade Toulousain était en crise, que
c’était la fin d’un cycle. La meilleure réponse que pouvaient donner
Novès, Servat et Elissalde était de rester calme. Aujourd’hui, toutes
les personnes qui ont tiré sur le Stade déclarent que la machine
est repartie, alors que j’imagine qu’ils s’entraînent aujourd’hui
comme ils l’ont toujours fait.
Dans leur mauvaise passe, il y avait des petits rebonds qui
n’étaient pas en leur faveur. Le rugby, c’est un ballon qui n’est pas
rond et, quand il tombe, il peut aller d’un côté ou de l’autre. Vous
faire perdre ou vous faire gagner. La qualité du groupe toulousain
se voit actuellement, et il est certainement sorti plus fort de cette
passe. Dans les moments difficiles, il y a deux options : soit le
groupe éclate, soit il se resserre. Aujourd’hui, le Stade a retrouvé
sa véritable place.
Didier Lacroix, ton ancien entraîneur chez les Espoirs, a tenu
à t’adresser un message : « Tu es un 9, pas un 10 » ! C’était
un débat entre vous ?
(
Rires
) Oui ! A l’époque, je faisais treize à quatorze kilos de moins
et à cause de mon gabarit, Guy Novès voulait que je passe en 9.
Mais je tenais à rester 10. Didier et Emile NTamack, qui étaient
certainement les premiers coachs qui ont compté sur les plans
tactique, stratégique et humain, faisaient également partie du
débat.
J’ai ensuite fait le choix de partir sous d’autres cieux pour
m’expérimenter et m’aguerrir à l’ouverture, au détriment de tenter
une expérience en demi de mêlée. Quand je revois Didier, c’est
toujours un plaisir de rediscuter de ce sujet. L’année que j’avais
faite en Espoirs avec ces deux entraîneurs reste un souvenir
exceptionnel.
L’INTERVIEW
DUFCG
Jonathan
Wisniewski :
« LE STade a retrouvé
sa véritable place »
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