Mag | La Rochelle - page 24-25

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STADE TOULOUSAIN
vs
LA ROCHELLE
STADE TOULOUSAIN
vs
LA ROCHELLE
L’INTERVIEWdécalée
DAVID
gérard
Dans ta carrière, quel est le match qui t’a le plus marqué ?
Le match qui a hanté mes nuits, mais de façon positive, c’est
la finale de 2001 où nous sommes champions de France
contre Clermont. Au-delà du résultat et de mon premier titre,
c’était surtout le contexte en lui-même : faire monter à Paris
ma famille, qui n’avait jamais quitté le Var, se retrouver dans
un stade grandiose et plein à craquer, c’est quelque chose de
fantastique. C’est une rencontre qui me revient très souvent en
mémoire, sûrement parce que c’est celle qui m’a apporté le plus
de joie.
Le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ?
Carlos Spencer, ancien demi d’ouverture des All Blacks et des
Auckland Blues pendant des années, avait beaucoup de talent. J’ai
eu la chance de le côtoyer en Angleterre à Northampton. C’était un
génie, mais dans chaque génie il y a une part de folie et quelques
fois, cela allait trop loin... On se demandait tous où il allait chercher
des idées pareilles. Quand cela fonctionnait, tout le monde était
soufflé, mais il était capable du meilleur comme du pire.
Le plus drôle ?
Cédric Soulette ne voulait pas forcément nous faire rire mais il
était drôle malgré lui, par sa façon d’être : il était complètement
perché. Un jour, il m’a appelé pour que je l’accompagne à
Béziers récupérer une Harley. Je passe mon jour de repos avec
lui, il me fait attendre dans un café le temps qu’il la récupère. Au
bout d’une heure, je me demande où il était passé... Il était déjà
reparti à moto (
rires
) !
Le joueur le plus impressionnant physiquement ?
Celui qui m’a le plus marqué de ce point de vue, et je pense
que tous les Toulousains s’en souviennent, c’est Epi Taione.
C’était un international tongien qui jouait à Newcastle. Il
pouvait être troisième ligne aile, centre ou ailier. Il courait le
100 mètres en 11 secondes et pesait 118 kilos. C’est le joueur
contre lequel tout le monde se sentait démuni. Quand il arrivait
face à vous, deux choix se présentaient : lui sauter dans les
jambes et mourir, ou le laisser passer. Beaucoup choisissaient
la deuxième option (
rires
).
Le plus râleur ?
Patrice Callazo, fidèle à ses origines toulonnaises. Il n’est jamais
content, et tout le monde au club l’appelait grincheux. Un jour,
nous faisions un match de foot en guise de récupération, et il
arrive sur le terrain avec la tenue de l’Olympique de Marseille,
pour se moquer un peu. Tout le monde est rentré dans son jeu :
dès qu’il prenait un ballon, on lui sautait tous dessus. Il a fini par
jeter son maillot, insulter tout le monde en disant qu’il ne jouerait
plus avec nous.
Une scène de vestiaire mémorable ?
C’était un quart de finale de H Cup avec Northampton contre
Biarritz, à Anoeta. Tout le monde disait que nous allions prendre
cinquante points. Mon entraîneur néo-zélandais évitait de nous
faire monter en pression avant le match et nous ne comprenions
pas pourquoi. L’échauffement en lui-même avait été spécial : il nous
avait demandé de nous aligner sur la ligne du ballon mort, en nous
tenant par la main et en faisant face au public. Pendant quinze
minutes, nous nous sommes fait insulter de toute part. Quand on
est rentré au vestiaire, il nous a fait écouter le discours d’Al Pacino
dans le film «l’Enfer du dimanche». C’est un discours poignant
sur le fait qu’il n’y a qu’un mètre de différence entre gagner et
perdre, vivre et mourir. A ce moment-là, j’ai réalisé que j’étais avec
une équipe étrangère, contre une équipe française, que j’étais en
train d’écouter Al Pacino et je me suis senti transcendé. Je n’ai
jamais vécu un moment aussi prenant, avec des regards aussi
poignants.
L’après-match qui t’a particulièrement marqué ?
Après la finale de Coupe d’Europe gagnée en 2003 à Dublin, j’ai
vécu un après-match un peu atypique. Je me suis retrouvé avec
mon père qui ne parle pas un mot d’anglais dans un pub rempli de
la famille et des amis de Trevor Brennan, qui étaient tous venus
en bus pour voir le match. Nous devions être 150 ou 200. Ils se
sont mis à chanter et même s’il ne comprenait pas les paroles,
mon père a eu les larmes aux yeux. C’est un souvenir à part.
Ton pire souvenir de match ?
Je ne pense pas être le seul dans ce cas : la finale de H Cup
en 2004 que nous perdons contres les Wasps, à la dernière
action. Arrivés en fin de match, nous les sentions vraiment à
bout physiquement et nous avions pris le dessus. Le rêve s’est
écroulé lorsque nous avons encaissé un essai casquette. Cela a
été terrible de se sentir meilleurs pour finalement perdre à l’ultime
seconde.
Un autre souvenir très difficile reste la finale du championnat de
France en 2003 que nous perdons contre le Stade Français. Ce
match a été très dur parce que j’ai eu un sentiment d’impuissance
totale, comme beaucoup de mes coéquipiers. Nous étions
fatigués, au bout du rouleau. C’était le match de trop. Nous avions
laissé nos dernières forces dans la campagne européenne,
remportée face à Perpignan. La veille du match, j’étais avec
Patrice Collazo dans la chambre. Nous n’arrivions pas à dormir
tellement nous avions des crampes. Nous sommes descendus
prendre l’air et nous nous sommes retrouvés avec six ou sept
joueurs dans le même cas. Le lendemain, le Stade Français nous
avait pulvérisés, malgré le courage dont nous avions fait preuve
en première période.
Un coup de gueule en tant que joueur ?
J’étais capitaine du Racing avant sa remontée en Top 14 et l’on se
déplaçait à Oyonnax, qui était invaincu à domicile depuis quatre
ou cinq ans. Dans le vestiaire, juste avant le match, je sentais
beaucoup de fébrilité dans le regard de mes coéquipiers alors
que le combat qui nous attendait allait être monstrueux. Je me
souviens avoir explosé de rage, en leur disant que des combats
pareils dans une carrière de rugbyman, cela ne se refusait pas.
Notre sport est un sport de combat et ce jour-là, c’est ce qu’il
fallait faire, plus que de raison. Tu peux gagner, tu peux perdre
mais il ne faut jamais avoir peur d’y aller. En tant que capitaine,
je ne parlais pas beaucoup mais ce jour-là... Et nous avions été
monstrueux, sous la neige et la grêle.
Déjà un meilleur souvenir en tant qu’entraîneur ?
Le souvenir que je garderai toujours en moi, c’est l’année
dernière avec les gamines, en les amenant jusqu’en finale contre
la grosse écurie du championnat. Elles ont sorti le match le
plus courageux qu’elles pouvaient et nous avons perdu à deux
minutes de la fin. Ce jour-là, j’ai grandi avec elle parce que nous
avons montré qu’avec beaucoup de cœur, de courage et de
travail, nous pouvions renverser des montagnes. Cette aventure
extraordinaire restera ancrée en moi... Et elle continue cette
année.
La dernière musique que tu as écoutée ?
J’ai eu une compilation du label de musique électro Hed Kandi à
Noël. Depuis, ça tourne en boucle.
Ton film culte ?
Le plus beau des combats, avec Denzel Washington. C’est une
histoire vraie sur le football américain et la ségrégation raciale.
Dans l’état de Virginie, une école devient mixte et l’entraîneur
de l’équipe de football américain, qui est noir, doit entraîner une
équipe de joueurs qui se haïssent.
Un livre ?
Harry Potter ! C’est grâce à lui que j’ai appris l’anglais. Quand je
suis parti en Angleterre, je ne le parlais pas du tout. Je n’ai pas
voulu avoir de professeur, alors je me suis débrouillé tout seul
avec mon dictionnaire, un livre sur le rugby, mes DVD et mes
bouquins d’Harry Potter.
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