Mag | LOU Rugby - page 24-25

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STADE TOULOUSAIN
vs
LOU
STADE TOULOUSAIN
vs
LOU
L’INTERVIEWdécalée
Michel
Marfaing
Dans ta carrière de joueur, quel est le match qui t’a le plus
marqué ?
Celui qui me vient spontanément à l’esprit est le match de Coupe
d’Europe disputé à Londres contre les Wasps en 1996. Nous
avions perdu 77 à 17. Et 77 points, quand on joue au Stade, ça
marque... Je me souviens avoir eu la sensation de ne pas pouvoir
faire grand-chose. Une action symbolique : je suis en position de
marquer, je pousse le ballon au pied à plusieurs reprises, il touche
le poteau, se décale et au moment où je plonge pour aplatir, un
adversaire le récupère dans son en-but. Il tape une longue passe
au pied et il y a essai de l’autre côté. C’était catastrophique.
Cela avait causé une mini-révolution au sein du club. Tout le
monde s’était réuni : les entraîneurs, les joueurs. Chacun avait
exposé ce qui allait bien, ce qui ne fonctionnait pas et pourquoi. A
ce moment-là, il fallait réagir très vite parce qu’une semaine plus
tard, nous recevions le Munster à Ernest Wallon. Nous savions
déjà qu’il nous fallait inscrire 60 points pour nous qualifier. Et nous
y sommes parvenus.
Le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ?
C’est difficile de n’en évoquer qu’un seul. De ma génération, c’est
David Berty. Il avait tout : c’était l’ailier le plus rapide que l’on ait
eu au club, le plus puissant. Un autre était déjà au Stade quand je
suis arrivé, c’est Erik Bonneval. C’est un joueur qui m’a beaucoup
marqué, il était très compliqué à arrêter.
Le joueur le plus drôle ?
Fred Bernabeu. Il passait son temps à chanter, mais il avait un
réel talent pour ça. Une voix fantastique. Et partout où nous nous
déplacions en troisième mi-temps, nous le faisions chanter et
nous chantions avec lui. C’était un phénomène, un boute-en-
train. Il ne se prenait pas pour un autre, il était très simple. Un
garçon important dans un club.
Le plus râleur ?
Franck Belot. Il bougonnait pour le moindre truc et pouvait
exploser à tout moment.
Le joueur qu’il valait mieux avoir avec que contre soi ?
Sans aucune hésitation : Philippe Rougé-Thomas. Quand je suis
arrivé au Stade lors de la saison 1988-1989, nous avions effectué
notre traditionnel stage d’intersaison chez Pierrot Villepreux
à Pompadour. En fin de semaine, nous jouions contre l’équipe
galloise de Swansea. J’étais très jeune et Philippe était plutôt
en fin de carrière, il avait passé la trentaine. Nous connaissions
sa réputation de joueur puissant et agressif. Mais j’étais loin
d’imaginer qu’il aurait été capable de s’attaquer à des avants !
Lors du match, nous sommes chahutés en mêlée. Ça se relève,
Claude Portolan prend un coup de poing. A ce moment-là, je vois
Philipe se lancer sur l’équipe adverse en position de mêlée et
sauter sur les joueurs avec les pieds, sur le dos. Il tombe dans le
camp opposé, attrape le numéro 8 et lui met un coup de poing.
On s’est regardé avec Pierre Bondouy, effarés.
Ceci mis à part, c’était un sacré joueur. A lui tout seul, il
monopolisait deux ou trois adversaires : son vis-à-vis, mon
centre ou celui de Pierre, ou même les deux ! Il nous ouvrait
des portes formidables et lâchait les ballons quand il le fallait,
nous n’avions plus qu’à courir. Quand tu étais à côté de lui, tu ne
risquais pas grand-chose.
Un joueur avec lequel tu aurais rêvé joué ?
J’admirais Erik Bonneval et Denis Charvet, mais j’ai pu les
croiser au Stade Toulousain. En revanche, je n’ai jamais joué
en club avec Philippe Sella. Il a toujours été mon idole. Je
m’identifiais à lui. En plus, depuis tout jeune, nous avons une
petite ressemblance physique et les gens n’arrêtaient pas de
m’en parler. Ça me plaisait et je voulais jouer comme lui. Puis
j’ai eu la chance de partir en tournée avec l’équipe de France en
1991 aux Etats-Unis. Philippe Sella, Serge Blanco et Philippe
Saint-André étaient encore là et j’ai eu la chance de faire les
préparatifs de la Coupe du Monde avec eux, même si je n’ai
finalement pas été retenu pour la jouer.
Un déplacement mémorable ?
En Coupe d’Europe, on s’était déplacé en Angleterre chez les
Tigers de Leicester en 1997. Le terrain était enneigé malgré
les bâches. Il devait y avoir cinq à six centimètres de neige. La
veille du match, nous étions persuadés que nous ne pourrions
pas jouer. Il faisait un froid incroyable. Le lendemain, ils avaient
déneigé mais sur ma partie du terrain, à l’aile, l’herbe était
glacée et les crampons craquaient. Nous avons finalement
joué. Le sol était très dur et les chutes faisaient mal ! Il fallait vite
sortir des côtés et revenir au milieu pour éviter de se blesser.
Aujourd’hui, le match aurait été annulé.
Une scène de vestiaire mémorable ?
Une scène émouvante qui m’a marqué et dont je me souviendrai
toute ma vie. J’évoluais à Pamiers avec mon frère en équipe
première, un an avant de partir au Stade. Nous allions affronter
Argelès-Gazost alors que notre grand-père était en train de
mourir. Avant le départ, nous savions qu’en partant jouer, nous
ne le reverrions pas. Mon grand-père nous avait dit d’y aller,
que l’équipe avait besoin de nous. Nous avons disputé le match
tous les deux, comme transcendés. De retour aux vestiaires, il
était décédé. Mon grand-père était un passionné de rugby. Si
je suis devenu joueur professionnel, c’est grâce à lui. Mais il ne
m’aura jamais vu jouer au Stade.
Le meilleur souvenir de ta carrière.
Il y en a plusieurs... D’abord, mon titre de champion de France
en 1997 contre Bourgoin. C’est le premier de ma carrière et il
a une saveur particulière. La finale de championnat en 2001
contre Clermont-Ferrand, lorsque j’inscris mon fameux essai est
aussi un souvenir très fort. Marquer en finale, c’est exceptionnel.
Et puis, c’est tout bête mais mon dernier titre avec Pamiers fait
aussi partie des meilleurs souvenirs de ma carrière. J’ai terminé
ma vie de rugbyman dans mon club de formation, en Ariège. A la
fin de cette saison, nous avons réussi à faire monter l’équipe B
de Fédérale 3 à Fédérale 2. Je serai même prêt à enlever un de
mes trois titres avec le Stade pour garder celui-là. Ma dernière
licence, mon dernier titre, je les voulais avec Pamiers.
Qui t’a donné envie de t’impliquer dans la formation avec les
jeunes au Stade ?
Quand je suis parti de Pamiers, je suis entré en sport-études à
Toulouse avec Emile Ntamack, David Berty et toute la bande. J’ai
connu Christian Gajan qui était l’entraîneur des Reichel du Stade
Toulousain alors que j’étais encore licencié à Pamiers. L’année
suivante, il m’a récupéré au Stade. C’est une personne qui a
beaucoup compté pour moi parce qu’il m’a donné envie de me
transcender, d’être plus performant. Tout ce qu’il m’a transmis,
je voulais le transmettre à mon tour à la génération suivante.
J’ai eu la chance de m’investir dans la formation en intégrant le
CREPS (Centre de Ressources, d’Expertise et de Performance
Sportives). C’était ma vocation.
Cela a donné une situation assez particulière : en 2001, j’étais
encore joueur mais aussi éducateur au Centre de Formation.
La même année, nous avions beaucoup de blessés à l’arrière
et nous devions aller à Grenoble. Emile, qui était capitaine,
échange avec Guy Novès et eux deux me demandent si nous
n’avons pas des jeunes susceptibles de compléter l’équipe. Je
leur réponds qu’il y en a deux, exceptionnels mais encore très
jeunes, en Crabos : Clément Poitrenaud et Frédéric Michalak. Ils
viennent avec nous, on gagne à Grenoble et en fin d’année nous
sommes champions de France ensemble.
Un coup de gueule en tant qu’entraîneur ?
Ce n’est pas tellement mon genre, mais je me souviens qu’une
fois, en tant que responsable du Centre de Formation, j’ai eu un
gros coup de gueule par rapport à l’unité du groupe. Je sentais
qu’il y avait des garçons qui se mettaient un petit peu en marge,
et je ne cautionne pas que l’on travaille les uns à côté des autres.
Le travail individuel fait au préalable ne peut être performant que
si on fait l’effort de le remettre dans le contexte du collectif.
Un moment à part dans le rugby ?
Les phases finales. Pour moi, elles font partie du rugby. A ce
moment-là, il y a ces odeurs de printemps qui reviennent, on se
retrouve tous ensemble, les supporters organisent des repas,
agitent les drapeaux. Il y a une convivialité. Quand on arrivait
dans les stades pour les phases finales, ce qui m’importait, ce
n’était pas de rejoindre les vestiaires et me préparer. Je voulais
avant tout descendre du bus, avant même de mettre un pied dans
le stade, pour voir tous les supporters regroupés. Le simple fait de
les apercevoir me transcendait. C’était une motivation suffisante
pour me donner à fond. Je savais que nous n’avions pas le droit
de nous manquer, ne serait-ce que pour eux.
Il y avait comme un échange. Ils nous avaient apporté plus que
leur soutien : un bien-être, un bonheur. C’était l’époque où après
les matchs, les joueurs servaient des bières au bar dans le
gymnase. Il est vrai que nous sommes rentrés dans une nouvelle
ère du rugby et les joueurs qui se sont donnés sur le match ont
besoin d’aller récupérer. Mais je ne changerais jamais ce que j’ai
connu pour ce que je pourrais vivre aujourd’hui.
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