Mag | LOU Rugby - page 12-13

12
13
STADE TOULOUSAIN
vs
LOU
STADE TOULOUSAIN
vs
LOU
L’INTERVIEW
DULOU
fabrice
Estebanez :
Tu as quitté le Racing Metro à l’intersaison pour rejoindre le
LOU, fraîchement promu en Top 14. C’est un changement
pour le moins important, qu’est-ce qui t’a séduit dans le
projet du club lyonnais ?
C’est un club qui est tout neuf avec beaucoup de choses à faire
et un potentiel vraiment énorme. Lyon est appelé à devenir une
capitale du rugby comme peut l’être Toulouse. C’est ce qui m’a
séduit. D’ici quelques années, le LOU doit être dans les meilleurs
clubs du Top 14.
D’un point de vue personnel, je me retrouve avec toute ma famille
dans un petit village qui doit quand même faire 10.000 habitants.
On revient un peu à la campagne mais cela a été assez agréable
de ce point de vue. C’est quelque chose que je connais puisque
je suis de Pamiers, en Ariège. Mais je me suis quand même
régalé en vivant à Paris. Cela a été une expérience magnifique.
Après avoir joué trois années au Racing, comment gères-tu
le fait de jouer constamment sous pression avec l’objectif
du maintien ? Est-ce quelque chose de pesant ?
Cela représente beaucoup de pression, c’est vrai. J’avais connu
cela avec Brive pendant quelques saisons, je savais à quoi
m’attendre. Je sais très bien que ce sont des saisons difficiles, où
chacun doit donner le meilleur de lui-même pour le groupe. Il faut
que tout le monde soit en alerte, constamment. Nous n’avons
pas droit à l’erreur. C’est aussi quelque chose qui m’avait plu,
même si je me préparais à une saison difficile... Et elle l’est ! Mais
c’est un beau challenge à relever.
Tu as commencé ta carrière professionnelle relativement
tard, à 25 ans, après être passé du XIII au XV. C’est un
parcours atypique…
J’ai d’abord travaillé dans le monde de l’entreprise, et les journées
n’y sont pas toujours faciles. Je travaillais comme plombier dans
le bâtiment, c’est un métier assez dur. J’ai passé quelques
hivers dans le froid, les mains dans la neige. Cela me permet de
relativiser quand j’ai des coups de moins bien. Je sais aussi la
chance que j’ai de pouvoir faire du rugby tous les week-ends dans
les plus beaux stades de France et vivre de ma passion.
C’est formidable ce qui m’est arrivé. Et le fait d’avoir démarré tard
est un plus. Je sais ce qu’est le monde professionnel, mais aussi
la « vraie » vie parce que nous sommes quand même dans une
bulle. Je garde les pieds sur terre grâce à tout cela.
Après avoir joué une Coupe du Monde en 2011 et avec du
recul, est-ce que ta carrière en équipe de France te laisse
des regrets ou était-ce déjà inespéré en ayant commencé ta
carrière sur le tard ?
J’avais goûté au maillot bleu à XIII et quand je suis venu au rugby
à XV, avoir une sélection en équipe nationale était un objectif que
je m’étais fixé. Mais de là à faire une Coupe du Monde, c’était
inattendu. J’en rêvais et cela a été quelque chose de formidable.
Ce sera l’un des plus beaux souvenirs de ma vie mais aussi l’un
des plus frustrants, puisque j’ai été suspendu lors du dernier match
de poule. Cela a été une aventure humaine tellement formidable
que je ne peux pas regretter.
Si je n’ai pas eu plus de sélections, c’est que je ne le méritais
pas. J’ai toujours tout donné sur le terrain et si les sélectionneurs
ne m’ont pas appelé, c’est qu’il y avait meilleur que moi, tout
simplement. Je suis fier d’avoir porté à huit reprises ce maillot
bleu. Cela me laisse de beaux souvenirs dans la tête... Surtout
avec beaucoup de Toulousains (
rires
). Ils se reconnaîtront !
A peine arrivé à l’intersaison, tu as déjà été capitaine du LOU.
C’est le signe d’une intégration réussie dans un club qui
apparaît, de l’extérieur, comme une entité très soudée ?
Cela fait toujours plaisir d’avoir un capitanat. C’est une preuve de
confiance de la part du staff, cela montre qu’ils comptent sur moi
pour apporter mon expérience aux jeunes. J’ai honoré ce brassard
de capitaine avec beaucoup de plaisir en compagnie des jeunes
qui étaient alignés pour le Challenge. Mais être capitaine n’est pas
un objectif.
Partout où je suis passé, que ce soit à Brive, au Racing ou même
avec l’équipe de France, je réussis souvent à m’intégrer assez
rapidement. Je dois avoir une bonne bouille (
rires
) ! L’humour
m’aide aussi.
Au moment de ta signature, tu parlais de challenge : quel
bilan en fais-tu à la mi-saison ?
Je suis venu chercher un peu de temps de jeu à Lyon. Je savais
qu’au Racing, cela allait devenir plus compliqué avec l’arrivée de
Jamie Roberts et le potentiel de Dumoulin. Je ne voulais pas rester
au Racing pour rester au Racing. Je suis avant tout un joueur de
rugby qui aime se faire plaisir sur le terrain. Au LOU, cela tourne
beaucoup au sein de l’effectif et je suis déjà content du temps de
jeu qui m’est accordé, même si on en veut toujours plus.
Globalement, vos résultats à domicile sont assez probants,
mais est-ce que la prochaine étape ne serait pas de réussir à
obtenir un résultat à l’extérieur ?
Quelques déconvenues à l’extérieur restent amères, que cela
soit à Bayonne ou à Grenoble. D’un point de vue comptable, si
nous continuons à gagner nos matchs à domicile, ce sera déjà
très bien. Pour ce qui est d’aller chercher une victoire à l’extérieur,
c’est une autre histoire. On voit très bien que ce championnat est
très dur. Nous allons jouer tous nos déplacements pour essayer
d’avoir le meilleur résultat possible, mais nous devons avant tout
assurer nos matchs à domicile.
Est-ce que les difficultés qu’a connues le Stade à
domicile cette saison donnent des idées au LOU ?
Je connais trop bien les joueurs et le Stade Toulousain,
pour l’avoir idolâtré comme tout petit Ariégeois, pour
pouvoir dire cela. Aujourd’hui, ce club est peut-être un
peu plus en difficulté que les années précédentes, mais
Toulouse reste Toulouse. C’est un club emblématique
de notre championnat. J’ai l’impression que beaucoup
de gens se réjouissent de ses difficultés. Quand un club
gagne tout, cela a tendance à énerver tout le monde.
Je sais en tout cas que cela sera très compliqué de les
affronter. Dès que les Toulousains arrivent à jouer, dès
qu’ils réussissent à installer leur jeu, ils sont dangereux.
Nous l’avons bien vu chez nous, nous avons pris quarante
points et on a l’impression qu’ils n’ont pas forcé. Ce serait
un manque d’humilité de dire que nous allons faire un
coup à Toulouse. Nous les respectons énormément. Les
Toulousains sont soi-disant dans une mauvaise passe
mais ils sont encore en course pour la qualification.
Quels souvenirs as-tu du match aller, nettement
remporté par le Stade ?
Stratégiquement, nous avions mis quelque chose en place
et nous avons fait tout le contraire. Nous avons aidé les
Toulousains à faire ce qu’ils font de mieux, c’est-à-dire des
contre-attaques. C’est une équipe qui est très bonne dans
le jeu désorganisé et ils ont les meilleurs joueurs à ce jeu-
là. Et je me souviens également d’un bon raffut de David
pour ma pomme (
rires
).
Le parcours du LOU a été très honorable dans
la « petite » Coupe d’Europe, alors que cette
compétition n’était pas une priorité pour le club. Vous
avez pu aligner de jeunes joueurs qui ont fait bonne
figure. Est-ce rassurant pour l’avenir du club ?
Beaucoup de clubs ont négligé cette compétition et c’est
dommage. Nous avons aligné de jeunes joueurs et nous
avons réussi à faire des matchs intéressants. Je pense
à la venue de Bordeaux-Bègles qui jouait la qualification
et que nous sommes parvenus à battre. Ou encore face
à Edimbourg qui avait onze internationaux sur le pré.
Nous avons réussi à nous imposer avec des jeunes qui
se sont donnés à fond pour l’équipe. C’est formidable. Je
suis très fier de ce qu’ils ont réalisé et d’avoir été capitaine
sur ces deux week-ends. A Lyon, il y a aussi un centre de
formation qui fonctionne bien et je pense que nous verrons
ces jeunes d’ici peu sur les pelouses du Top 14.
Aujourd’hui, la luttepour lemaintienest très incertaine,
l’écart n’est pas creusé. Qu’est-ce qui te laisse penser
que le LOU peut et va tirer son épingle du jeu ?
Ce championnat est tellement indécis que c’est difficile
d’avoir des certitudes. Mais ce que je sais, c’est que les
joueurs sont motivés. Ceux qui ont signé ici ne sont pas
venus pour se reposer mais pour laisser le LOU en Top 14
et pourquoi pas, d’ici quelques années, l’amener jusqu’aux
phases finales. Je vois dans le travail qui est fait toute la
semaine que tout le monde est impliqué dans la survie et
le maintien du club. C’est rassurant.
« Toulouse
reste Toulouse »
1,2-3,4-5,6-7,8-9,10-11 14-15,16-17,18-19,20-21,22-23,24-25,26
Powered by FlippingBook