Michel Billiere


"Je suis né dans le rugby" ! Comme d'autres sous une vache ou avec une cuillère d'argent dans la bouche, Michel Billière, lui, ne s'est guère entretenu avec ses désirs -multiples et versatiles à l'usage de l'enfance - quand il s'est agi de choisir une activité.
Au milieu des années 50, son père était déjà président du club de Rieumes depuis vingt ans. Naturellement, Michel fut l'un des premiers licenciés de l'école de rugby créée à cette époque.

"C'était comme une évidence pour moi. Tous les jeunes jouaient au rugby, le club était un peu le fleuron du village. On jouait un ou deux tournois dans l'année, avec la seule ambition de s'amuser. Finalement, j'y suis resté jusqu'à 24 ans". Le club tenait crânement son rang en deuxième division, mais les dispositions de Michel, en dépit des attaches affectives qui le liaient à son village, l'incitent à se mesurer à l'échelon supérieur.
"Déjà, en 1965, j'avais pu m'étalonner avec la sélection des Pyrénées contre des joueurs de haut niveau. J'ai finalement signé au Stade en 1967. La première année, comme cela se produisait à l'époque quand un joueur changeait de club, j'ai évolué sous licence rouge: je n'avais le droit de disputer que le du Manoir et le Bouclier de printemps avec l'équipe première. Le reste du temps, j'évoluais avec la réserve".
C'est ainsi que le natif de Rieumes devint international sans avoir joué une seule rencontre du championnat de France, à l'occasion d'une tournée dans l'hémisphère Sud. Il connaîtra là-bas ses deux uniques sélections, face à l'Australie et la Nouvelle Zélande, dont il gardera, au delà des matchs, un souvenir particulier. "On se trouvait à l'aéroport. Il y avait les autres joueurs de l'équipe de France et aussi Brian Lochore, le légendaire troisième ligne néo-zélandais. Il voulait échanger son blazer contre le mien. Au début, je pensais qu'il me confondait avec Walter Spanghero, dont j'étais le remplaçant. Mais c'était bien avec moi qu'il voulait effectuer l'échange. Cela m'a beaucoup flatté et je garde encore ce blazer dans mon armoire, comme une relique".
Le Stade Toulousain, dans les années 60, n'éveillait pas la crainte de ses adversaires. Le club luttait même parfois pour éviter la relégation. Michel ne s'entraînait qu'une fois par semaine, quand son métier de charcutier à Rieumes lui permettait de se libérer. Les primes de match, de modestes émoluements, se reversaient comme subside aux frais (moins modestes) des troisièmes mi-temps.
Pourtant, avec des joueurs comme Villepreux, Bérot ou Labatut, l'histoire du rugby retiendra de cette époque des initiatives qui feront plus tard école, une certaine idée du "jeu à la toulousaine". "Pierrot Villepreux fut l'un des premiers arrières à s'intercaler dans la ligne. Je touchais beaucoup de ballons, davantage qu'un troisième ligne actuel. On essayait de se faire des passes, de s'amuser". De 1967 à 1974, Michel Billière sera reconnu comme le joueur ayant porté le pus de fois le maillot du Stade.
Au début des années 90, après un retour à Rieumes, d'abord comme entraîneur puis président à la suite de son père, il ne peut résister à la pression amicale d'Henri Fourès, qui le sollicitait pour rejoindre "Les Amis du Stade Toulousain". Membre éminent du bureau, en connexion avec la réalité actuelle, c'est avec pertinence et sans nostalgie qu'il évoque aujourd'hui ce jeu qui a tant changé mais dont les valeurs lui sont chères.