Paul Blanc

Sa famille, l’horticulture, Toulouse et bien entendu le rugby. Voilà le « Romancero » de Paul Blanc. Les quatre points cardinaux de sa vie. L’Avenue des Etats-Unis, l’ancienne route de Paris, reste le berceau de sa famille dont les fleurs faisaient le quotidien. Toutefois, à l’enfant vif et pétillant qu’il était, il fallait un exutoire. Là-bas, tout au bout de l’avenue, juste après le carrefour de la barrière de Paris, il y avait le stade des Minimes et une équipe de rugby qui ne ramait pas au bord des touches. Le Toulouse Olympique. Le T-O qui alors, c'était en 1945-1946, juste après la guerre, jouait à quinze.

Et Paul Blanc, tous les dimanches ou presque, allait s'asseoir sur les gradins des  Minimes.
Mais les gradins c'était bien beau pour sûr, toutefois ça ne satisfaisait que très moyennement le fringant adolescent qui venait alors d'entrer à l'école d'horticulture de Ondes.
Après les fleurs cultivées, il ne rêvait plus que d'une chose : en recevoir à travers les vivats des spectateurs qui battaient frénétiquement le plancher des tribunes.
Cependant ce n'est pas sur cette pelouse qu'il fera ses premières armes de vrai rugbyman, mais à Ernest Wallon au Stade Toulousain. Les circonstances, toujours les circonstances, en avaient décidé autrement.
A cette époque, M. Blanc, le père de Paul, avait pour ami très proche M. Georges Chausson qui était au Stade Toulousain. Alors pourquoi ne pas entamer sa carrière au Stade Toulousain avec le parrainage de M. Chausson ?
C'est ainsi qu'en 1947 Paul Blanc entra chez les juniors du Stade où, très vite, son sens du jeu et sa rapidité d'exécution lui permirent de se signaler à ses entraîneurs.
"On ne s'entraînait pas comme aujourd'hui", se souvenait Paul, qui n'a jamais été tout à fait d'accord avec le dilettantisme de l'époque. Nous avions de très bons joueurs et avec un peu de travail sérieux, ajoute-t-il, nous aurions pu être très vite les meilleurs partout. Notre palmarès le prouve d'ailleurs. Mais la préparation des équipes n'était pas une motivation majeure pour nos entraîneurs qui venaient surtout occuper au Stade une fonction représentative et valorisante sur le plan de la notoriété. Un entraîneur c'était quelqu'un et beaucoup d'entre eux venaient en costume-cravate déambuler sur le bord de la touche en aboyant  quelques consignes qui faisaient bien dans le paysage mais qui n'avaient pratiquement aucune valeur éducative pour le groupe".
"L'équipe, quant à elle, et bien, elle se débrouillait. Elle accomplissait un léger décrassage musculaire, elle tapait un peu dans le ballon, quand il y en avait. Et puis: vestiaire. Le dimanche suivant il fallait faire avec ce qu'on avait. A chacun selon son talent ".
Cette période restera gravée dans la mémoire de Paul Blanc. Et lorsque à son tour il deviendra entraîneur au Stade Toulousain, il n'aura de cesse de structurer les entraînements, de leur donner une valeur éducative de haut niveau et une densité susceptible d'apporter à l'équipe la capacité de se dépasser dans l'effort.
"Je me souviens, raconte Paul Blanc, du tout début où j'entraînais l'équipe première. A cette époque il n'était pas question d'entraînements d'avant match le dimanche matin. Le dimanche matin comme le samedi c'était pour s'amuser et se reposer. Et moi j'ai voulu changer ça. J'ai voulu mettre l'équipe en bonne condition physique quelques heures avant les rencontres pour que l'après midi elle aille facilement jusqu'au bout. Oh le tollé ! C'était presque une révolution".
Et Paul Blanc de s'amuser à ce souvenir : "Même Pierre Villepreux n'en voulait pas ! Puis petit à petit les choses ont évolué et à la suite du Stade Toulousain tout le monde s'y est mis. La condition physique est devenue primordiale... voyez où nous en sommes aujourd'hui".
Incontestablement, dans son rôle d'entraîneur Paul Blanc a été un précurseur. Tout ça parce que quelques années plus tôt des hommes en costume cravate paradaient le long des touches d'Ernest Wallon.
Il n'empêche qu'à l'époque avec entraîneur ou non les juniors du Stade Toulousain poursuivaient, souvent avec bonheur, leur petit bonhomme de chemin. Et en 1948 les "juniors A" devenaient Champions de France alors que Paul Blanc jouait avec les B. Toutefois il était dans l'antichambre de l'équipe première car à cette époque il n'était pas rare pour celle-ci d'amener avec elle au titre de remplaçant les éléments de premier plan qui évoluaient chez les juniors et qui très vite allaient passer dans la catégorie supérieure.
Les matchs se succédaient et le véloce Paul Blanc dont les capacités se bonifiaient rapidement piaffait d'impatience. Allait-il ou non jouer en première ? La chance allait-elle lui être offerte de montrer son talent ?
Déjà à quelques reprises, il était parti avec l'équipe première, mais il n'avait remplacé personne. Et puis le 12 mars 1950, Paul Blancse le rappelait comme si c'était hier, l'occasion s'est présentée.
"C'était à Valence d'Agen, en 16ème de finale de la Coupe de France. On m'avait emmené pour jouer remplaçant au poste de trois-quarts centre qui m'était habituel. Mais je n'avais que très peu de chances de jouer car le titulaire de J'équipe Une à cette place n'était autre que Jean Lassègue. Je m'apprêtais donc à quitter les vestiaires pour aller prendre place sur le banc de touche quand le maillot numéro 14 s'est levé et a dit : " Qu'est-ce que c'est ça le 14 ! Moi aujourd'hui je joue arrière. Alors donnez-moi le 15 ou je ne joue pas !"
"Le coup de froid ! Mais Lassègue c'était Lassègue et le Stade ne pouvait pas s'en passer. Alors on lui a donné le maillot portant le numéro 15. Or, Fourment qui était prévu à l'arrière refusait de jouer au centre. J'étais donc invité à prendre le n° 13. Je vous le dis, les circonstances ... Toujours les circonstances. "
Pour la petite histoire sachez que le Stade avait gagné ce 16ème et que Jean Lassègue qui l'année sui vante allait raccrocher les crampons terminait la saison au poste d'arrière, cédant " de facto " sa place de centre au sémillant Paul Blanc qui n'en demandait pas tant.

Pendant dix ans, de 1950 à 1960, Paul Blanc va jouer pratiquement tous les matchs de l'équipe première qui connaîtra des bonheurs divers. Parfois passant très près des sommets parfois s'effondrant lors de matchs parfaitement à sa portée.
"Pendant cette période le Stade Toulousain disposait d'une excellente équipe avec des individualités de premier plan. C'était du temps, se souvenait-il des Monnereau, Corbarieu, Tignol, Fourès et bien d'autres qui ont marqué le Stade d'une empreinte indélébile. Mais je ne sais pas ce qui se passait. Pour des raisons difficiles à saisir, à un moment donné il y avait quelque chose qui se détraquait dans la machine et patatras! on perdait le match à ne pas perdre".
"Nous avons passé ainsi quelques saisons en enfer. La pire c'est celle où nous avons failli ne pas être qualifiés pour les 32ème de finale. J'étais capitaine et le dernier match se jouait à St Girons. Il fallait absolument gagner pour se qualifier sinon la qualification ne pouvait venir que d'un miracle. On a tout donné et malgré cela, nous n'avons pu obtenir qu'un match nul. A dix sept heures donc notre saison s'arrêtait là. Et puis le miracle s'est produit, le PUC qui ne devait pas perdre, lui non plus, s'était ramassé. Le Stade était qualifié. Vous voyez : les circonstances, toujours les circonstances".
"Au fond, estimait Paul Blanc, jamais nous n'aurions dû connaître des affres pareilles si nous avions tout simplement mis un peu plus de rigueur dans nos comportements. Nous étions vraiment des dilettantes et cela à tous les niveaux. Un jour, raconte-t-il, nous allions jouer à Valence dans la Drôme et pour aller là-bas nous avions pris le train. Comme d'habitude d'ailleurs. Il fallait partir la veille avec armes et bagages mais personne n'était véritablement responsable de quoi que ce soit. Ce jour-là, le trajet n'était pas direct entre Toulouse et Valence: il fallait changer à Tarascon. Jusque là i pas de problèmes, le transfert s'était fait tout à fait normalement. Puis à Valence, catastrophe.  Nous avions laissé tous nos équipements dans le train de Marseille Heureusement nous avions un ami à la SNCF et le dimanche, une heure avant le match, nos maillots étaient de retour. "
Et vaille que vaille, sourit le trois quart centre, le Stade Toulousain marchait. Il marchait bien d'ailleurs puisqu'en 1957 il parvenait en demi-finale du Championnat de France où il tenait la dragée haute au grand Lourdes.