Henri Dutrain


Sur les photos jaunies qui le représentent en action, on remarque cette mèche flottante, ce buste droit , une certaine élégance. A son poste d'ailier, parfois de centre, Henri Dutrain a marqué l'histoire du Stade, dont il porta le maillot durant une décennie (1939-40 à 1949-50).

Passe croisée, coup de pied de recentrage, cadrage débordement... Evidemment, les fondamentaux du jeu tel que le pratiquait Henri Dutrain ont évolué. Le rugby n'était pas encore un métier mais déjà plus qu'une distraction. Il correspondait à une manière de vivre, certes troublée par les années de guerre et d'occupation, dans laquelle Henri se reconnaît encore aujourd'hui, les souvenirs intacts.
Il commence très tôt à jouer au rugby, avec un ballon en papier qu'il ne cessait de botter en l'air par mécanisme. Plus tard, c'est à l'école, sous la tutelle pédagogique de son prof de gym, qu'il va réellement apprendre à jouer. "Il était très organisé pour l'époque; tout était écrit sur le tableau noir, les schémas de jeu et les conseils techniques. Ensuite, il y avait des discussions pour savoir commentr se placer ou faire des passes..."
A 14 ans, Henri intègre l'équipe de l'école, La Violette. Avec elle, il effectue les premiers déplacements dans les villages et les villes à l'entour où le rugby a valeur d'apprentissage pour la plupart des jeunes. Très vite, Henri Dutrain rejoint le Stade Toulousain qui sera l'unique cub de sa carrière. Dès 17 ans, en 1939, il joue avec l'équipe première en suivant les conseils ce ses aînés, tels Jauréguy ou Struxiano.
Henri s'entraîne alors une fois par semaine, quand son métier de commercial (chargé de vendre des montres) le lui permet. Le reste du temps, il profite de ses déplacements à Pau et Bayonne, lorsqu'il rencontre des clients, pour s'entretenir physiquement avec la bienveillance des clubs pourtant rivaux du Stade. Surtout, il se souvient des amitiés indéfectibles et des soirées... coquines après les matchs. "On fondait une vraie famille. Avant de jouer, on se retrouvait tous au stade pour manger ensemble. Après la douche, on partait faire la bringue, chanter et danser ensemble. Parfois, les anciens nous amenaient voir des filles dans les maisons closes qui eistaient encore. Qu'est-ce qu'on a pu s'amuser : Je n'ai jamais retrouvé des moments aussi intenses de joie et de rigolade".
Sur le terrain, après une période difficile, le Stade Toulousain inspire à nouveau la crainte par son jeu de passes et l'éclosion de nombreux joueurs talentueux (Brouat, Bergougnan, Barran...). Avec cette équipe, le club devient champion de France en 1947 contre Agen à l'issue d'une partie historique, eut égard à la rivalité entre ces deux clubs (10-3). Pour Henri Dutrain, ce sera l'unique titre de champion, auquel s'ajouteront deux Coupes de France: en 1946 contre Pau (6-3) et 1947 devant Montferrand (14-11). A la fin de la saison 1949-50, il met prématurément un terme à sa carrière pour se consacrer à sa vie professionnelle. Il aura été international à douze reprises, avec des tournées dans le Maghreb ou en Argentine, plusieurs matchs contre l'Angleterre, et sera donc resté fidèle au Stade Toulousain.
Henri assiste souvent à des rencontres à Ernest Wallon, ce qui lui autorise cet avis, à la fois dénué de nostalgie et pertinent sur l'évolution du rugby: "C'est incomparable avec le jeu de notre époque. Les avants galopent plus vite, les plaquages sont beaucoup plus violents, les entraînements plus nombreux et les rencontres plus intéressantes aujourd'hui. La seule chose, c'est que les joueurs sont devenus professionnels. J'espère sincèrement pour eux qu'ils arriveront à préserver ce qu'il y a toujours eu d'essentiel et de magique dans ce sport: l'amitié entre les hommes".