L’entraîneur en chef du Stade Toulousain attaque sa deuxième saison à son poste. Fort de l’expérience acquise l’année passée, il livre ses ambitions et ses craintes à quelques jours du coup d’envoi officiel de la saison.

La saison précédente s’est achevée contre le Racing,
que vous allez retrouver lors de la 3ème journée de championnat.
Est-ce que ce match de barrage est aujourd’hui digéré ?

Il faut forcément passer à autre chose. La déception est encore assez grande, d’autant plus quand on perd contre l’équipe qui termine championne. Pour ma part, je tiens vraiment à féliciter le Racing, qui a montré plusieurs visages dans la saison mais qui reste quand même l’équipe la plus difficile à manœuvrer du championnat.
Je félicite également le duo d’entraîneurs qui a été capable, en deux endroits différents, avec des contextes complètement différents, d’être champions, et ce n’est pas rien. Je crois qu’on a tendance en France, très souvent, à trouver les autres meilleurs, mais en tout cas ceux-là sont bons. Ils ont eu des résultats probants et honnêtement, ça met un peu plus en relief notre performance sur ce match qui, si on ne se réveille pas un peu tardivement, peut basculer.
Malheureusement, cela n’a pas suffi face à ce genre d’équipes où il faut être constant. On a la sensation de ne pas avoir joué avec nos qualités ce jour-là, en tout cas pas suffisamment pour gagner un match de ce niveau. C’est une bonne leçon pour la suite. Maintenant, on est sur un nouveau cycle, par la force des choses, comme tout le monde d’ailleurs.

Le calendrier vous a concocté trois matchs à domicile lors des quatre premières journées. Qu’en penses-tu ?

Je ne sais pas comment le qualifier. « Surprenant » est peut-être le mot juste. Surprenant sur l’agencement, sur le fait de jouer à domicile trois fois sur quatre matchs, de recevoir trois concurrents directs à nos ambitions.

Oui, il y a un peu de surprises mais sportivement, que voulez-vous dire si ce n’est qu’il faut faire avec.
Quand tu joues d’entrée en championnat les deux équipes qui t’ont posé énormément de souci quelques mois plus tôt, quasiment dans la même chronologie, à savoir Montpellier et Bordeaux, puis les deux finalistes... Ce qui est sûr, c’est qu’au bout de quatre journées, on pourra déjà dire si nous étions prêts ou non… On aura déjà joué pas mal de grosses rencontres.
Ce qui est un peu dommage, nous concernant, c’est que le soutien et l’appui de notre public est toujours important. On l’a vu notamment sur des rencontres à la fin de la saison à domicile, où le public a joué le jeu et a pesé dans les débats. Jouer des matchs comme ça, de ce calibre-là, fin août à Toulouse... J’espère malgré tout que l’on aura suffisamment de monde pour nous soutenir, mais je n’en doute pas au regard de ce que nos supporters ont montré la saison passée.

Est-ce une demande de la part du club, puisqu’on sait que certains clubs demandent à recevoir au début, ou au contraire à se déplacer ?

On sait tous que certains jouent un peu la montre pour débuter à l’extérieur, parce que c’est toujours plus confortable : tu n’es pas à l’abri d’une bonne surprise et de lancer ton championnat de la meilleure des façons. Après, vous jugerez comme vous voulez l’état de notre calendrier, mais j’ai l’impression qu’on est traités correctement.
On aurait aussi pu se plaindre de jouer Bordeaux ou Montpellier en pleine période de doublons, puisque ça ne vous a pas échappé, nous n’allons pas avoir les internationaux entre 8 à 10 semaines, soit autant de matchs de championnat. Il s’avère qu’on est l’équipe la plus représentée entre la liste élite et la liste développement, avec 11 joueurs.

On est en quelque sorte un petit Marcoussis ici…
On a des problématiques, mais je crois aussi que cela permet à nos joueurs de grandir. Nos six internationaux feront des matchs de haut niveau, plus nos cinq joueurs en développement s’ils sont appelés à faire des stages ou autres… Or, je crois que le haut niveau forge le très très haut niveau. C’est une bonne chose qu’on ait beaucoup de joueurs sur ces fameuses listes même si, sportivement, c’est une grosse contrainte pour nous.

Il semble inéluctable, avec les contraintes internationales, que certaines compositions d’équipe occasionnent de vrais casse-têtes ?

Si vous évoquez les fameuses huit semaines qui concernent les internationaux, on devrait pouvoir utiliser ces derniers lors de la journée inaugurale de championnat, mais ils n’ont pas eu de match préparatoire. Je ne sais pas si un grand joueur a besoin d’un match amical, mais il a besoin de reprendre des chocs. Les chocs, il y en a eu évidemment à l’entraînement… Mais un entraînement ne remplace jamais un match, même si au Stade Toulousain, l’entraînement a toujours été culturellement quelque chose d’important.
On parle de la santé de joueurs protégés, mais à côté de ça on en fracasse d’autres. Ceux qui vont remplacer ces fameux joueurs protégés seront sollicités quasiment en permanence. Prenez le cas de Sébastien Bezy et Jean-Marc Doussain, auxquels je souhaite d’être souvent dans les 23 tricolores : si ces deux-là sont absents, je n’ai plus qu’un seul joueur au poste de demi-de-mêlée, en l’occurrence Samuel Marques.
Samuel Marques, il sait qu’aujourd’hui, il va « s’enquiller » un nombre important de matchs… Lui, il est content mais il faut être capable de les assumer. Mais ce qu’il se passe au Stade Toulousain se passe ailleurs.

Le poste de 9 est problématique, mais cela peut le devenir en deuxième ligne, avec Richie Gray, potentiellement sélectionnable, Yoann Maestri dans la liste élite, Joe Tekori et Piula Faasalele avec les Samoa, sans compter le petit Florian Verhaeghe, qui fera le tournoi des 6 Nations des -20 ans. Il ne faudra pas qu’on ait trop de pépins ou de malchance à certains postes. Quand je vous disais qu’on était un petit Marcoussis… Oui, quand on a 11 joueurs sur une liste de 60, ce n’est pas mal quand même.

Quel est l’objectif de cette saison ? Y avez-vous déjà réfléchi ?

Est-ce que j’y ai réfléchi ? Je ne fais que ça, toute la journée. Mais y réfléchir ne nous fait pas toujours apporter les bonnes réponses. Quand je suis arrivé au Stade Toulousain, la contrainte qui m’avait été donnée était d’être potentiellement en permanence qualifié dans les six : cela débouche sur une place européenne derrière et comme nous avons un modèle économique qui est aussi lié à nos résultats sportifs, cela nous permettrait de stabiliser et de passer cette transition de joueurs.
Oui, on a toujours cet objectif d’être dans les six avec, en interne, la volonté de faire mieux que l’an dernier. La saison d’après n’est pas pour faire moins bien... Si c’est faire mieux, c’est se retrouver au moins dans le dernier carré… Mais ça, encore une fois, sur les 14 équipes que vous allez interroger, je pense que nos ambitions, au moins sur une petite dizaine, sont les mêmes. J’aimerais également qu’on montre un meilleur visage en Coupe d’Europe, c’est certain.

Est-ce que pour cette 2ème année au club, tu comptes te servir de l’expérience emmagasinée lors de la première saison ?

On apprend de ses erreurs, on apprend du contexte du club. Donc oui, j’ai très certainement appris, l’expérience aidant. On a des petites modifications au niveau du staff médical et de la prépa physique. Des choses qui étaient importantes à mon sens vont prendre forme, pas dès le premier jour, mais au fil du temps. Des ajustements aussi ont été faits au sein de l’effectif, avec quelques équilibres qui ont été réalisés. On a souhaité aussi apporter beaucoup de vitesse à notre rugby, à notre jeu.
C’est ce que je vous vends aujourd’hui, en espérant vous le montrer dans quelque temps. Le retour de Yoann Huget, l’arrivée de Sofiane Guitoune, la première année digérée de Semi Kunatani vont nous amener de la vitesse sur les extérieurs et nous permettre, je l’espère, d’être encore plus ambitieux dans le rugby. C’est ce dont on a envie.

Si je dois faire mon autocritique, je vais essayer de ne pas reproduire les mêmes erreurs, car j’ai été élevé comme ça : tu peux faire une connerie, mais évite de la faire deux fois !
L’approche de la Coupe d’Europe sera certainement faite de manière différente…
Sur la dernière semaine que l’on a vécue contre le Racing 92, l’émotion, les fins de carrières et les cas personnels ont peut-être pris le dessus sur l’intérêt premier de l’équipe… Malheureusement, on a peut-être eu du mal à gérer tout ça et j’en suis le premier responsable. C’était une période compliquée et ce sont des choses qu’il faudra justement modifier pour être moins pris par l’émotion et anticiper peut-être un peu plus certaines choses.





Il y a déjà une différence cette année, c’est que tu as pu choisir ton recrutement ?

Si vous évoquez les fameuses huit semaines qui concernent les internatioOn Les garçons qui arrivent sont pleinement choisis et pas subis. Donc oui, c’est une vérité. Mais comme vous le savez, il y a toujours une petite part d’écueils et d’incertitude sur les recrutements. Honnêtement, je suis très satisfait du nôtre. Il me tarde d’ailleurs d’en voir certains sous le maillot rouge et noir… J’aurais aimé, comme tous les entraîneurs, en avoir plus, pour me renforcer encore davantage sur un ou deux postes.
Je compte beaucoup sur le recrutement et sur l’avènement de jeunes joueurs. On intègre quasiment une dizaine de jeunes qui vont être amenés à beaucoup jouer, notamment sur ces fameux doublons. On souhaite vraiment générer nos ressources et être capables de continuer à former, ce qui a toujours été le cas ici.

Après plus de deux mois sans compétition officielle, les Rouge et Noir renouent avec le Top 14 ce week-end.
Il n’y aura pas de période de rodage autorisée pour les joueurs d’Ugo Mola, confrontés à un calendrier dantesque au cours des premières journées….


Sans manquer de respect à qui que ce soit, on ne peut pas dire que les entames de championnat se suivent et se ressemblent du côté du Stade Toulousain. Alors que, il y a quasiment un an jour pour jour, Brive, Agen, Castres et Pau se dressaient sur la route des Rouge et Noir au cours des quatre premières journées, le programme, en cette période estivale 2016, est tout autre…
Après la double réception de Montpellier et Bordeaux-Bègles viendront en effet se greffer un voyage d’agrément chez le Racing 92, détenteur du Bouclier de Brennus, avant une nouvelle joute à domicile à hauts risques contre Toulon, vice-champion de France en titre. Excusez du peu.

Le programme est corsé, périlleux, mais l’adage est connu : il faut bien affronter tout le monde au cours des 26 journées qui jalonnent la phase régulière. Et, sans sombrer dans un optimisme béat qui n’est de toute façon pas le genre de la maison, il y a des raisons de croire en des lendemains heureux. A commencer par les promesses nées de l’exercice précédent, achevé, faut-il le rappeler, par une défaite in extremis face au futur champion.

“Il y a de la frustration sur le match de barrage ”, concède Fabien Pelous.

“ Notre parcours ne reflète pas la qualité et le spectacle fournis par notre équipe, qui a terminé meilleure défense et deuxième meilleure attaque. Mais tout se joue dans le dernier mois. J’ai comme l’impression que le destin avait choisi le Racing ”.


Si la marge de progression existe en Top 14, elle est encore plus conséquente en Coupe d’Europe, où le club n’est pas parvenu à s’extirper de la phase de poules. Sur le papier, il y a peut-être moyen de faire mieux,
sans bien sûr mésestimer la qualité des oppositions à venir, qui prendront la forme de duels face aux Wasps, au Connacht et aux Zèbres.
“J’attends de meilleurs résultats”, poursuit le directeur sportif du club.
“ Il faut tirer les leçons de l’an passé. Mais je considère qu’avec notre groupe, on sera meilleurs cette année. Ce serait quand même décevant de faire moins bien”.

Ce week-end, c’est donc avec la réception de Montpellier, seule équipe à s’être imposée à Ernest Wallon en 2015-2016, que les Stadistes vont attaquer la compétition. Sans tomber dans la caricature, ce sont aussi deux conceptions du rugby qui se retrouveront face à face. Et si l’armada du MHR, évidemment, est redoutable, qu’on ne compte pas sur les Rouge et Noir pour baisser la tête face aux Héraultais…

 

“Nous sommes accrochés à une philosophie de formation complétée par des joueurs aguerris qui viennent renforcer notre effectif. Je suis persuadé que cette philosophie a encore sa place dans le rugby de haut niveau. On fait peut-être moins de bruit que les autres, mais on reste compétitifs ”,
conclut Pelous.

Compétitifs, voilà bien le minimum requis pour se tirer sans dommage du redoutable calendrier auquel seront soumis les Toulousains en ce début de saison…

Vous avez dit bête noire ? Au cours des trois dernières saisons,
Montpellier a réussi l’exploit de s’imposer à deux reprises en terre toulousaine :
31-29 la saison dernière et 15-12 en 2013-2014.
La défaite concédée en 2015 par les Héraultais
l’avait de surcroît été de justesse et assortie du point de bonus défensif (13-18).
Aucune autre équipe du Top 14 ne peut s’enorgueillir d’un tel bilan dans le même laps de temps.

Le MHR a conquis la saison passée le premier titre majeur de son histoire moderne en s’adjugeant aux dépens des Harlequins la Challenge Cup. Mais on jurerait bien que pour l’ambitieux club héraultais, ce titre n’est surtout pas une fin en soi…



Au-delà des déclarations d’usage, il est bien difficile de savoir quels sont les sentiments héraultais sur la saison accomplie et achevée en juin dernier à Rennes. Sur le strict plan des résultats, soyons clair : il est indéniable que le MHR a réalisé en 2015-2016 son exercice le plus abouti depuis la prise en mains du club par Mohed Altrad.

Petit rappel : invité à disputer bien malgré lui la Challenge Cup, Montpellier
a remporté la compétition, triomphant tour à tour en phase finale de Sale, Newport et des Harlequins. Un tour de force impressionnant, et qu’il serait surtout injuste de galvauder : s’il est parfois de bon ton de dénigrer cette
“petite” Coupe d’Europe, le palmarès français en la matière (seuls Clermont et Biarritz ont soulevé le trophée depuis 2001) ne permet pas vraiment de sous-estimer cette performance.

En championnat, les coéquipiers de Fulgence Ouedraogo ont connu une entame assez poussive, avant, irrésistiblement, de monter en puissance.
Au mois d’avril, l’issue du Top 14 semblait même quasiment inexorable selon certains observateurs : Montpellier écrasait tout sur son passage, sa mêlée mettait au supplice celles qui se trouvaient face à elle et le club, presque malgré lui, faisait office de favori dans la quête du Bouclier de Brennus.





La chute, en demi-finale face à Toulon, a sans doute été un brusque retour
sur terre, mais est venue rappeler un principe immuable dans notre rugby, même au regard de l’effectif pléthorique du club : il est extrêmement difficile de mener de front deux compétitions, surtout quand les parcours s’allongent dans chacune d’entre elles.

Le discours du talonneur Bismarck du Plessis, qui découvrait de surcroît
le rythme propre au rugby français, était en ce sens édifiant à l’issue de la défaite face au RCT : “Mon corps est fatigué. J’ai joué soixante-quatre matchs cette saison. La seule fois où j’ai eu un week-end libre, c’était pour mon mariage. Je vais repartir en Afrique du Sud dans quelques jours pour passer les vacances. Il y aura beaucoup de viande, beaucoup de bars...
Et je peux vous dire que je ne toucherai pas un ballon de rugby” !





Une fatigue physique extrême, donc, à laquelle il faut peut-être ajouter
une usure mentale. Le départ pour le moins médiatique de François Trinh-Duc, notamment, n’a sans doute pas été dénué de conséquences, même si celles-ci sont difficilement appréciables de l’extérieur.
Mais le discours qui se voulait positif de “Fufu” Ouedraogo, au terme
de la saison, sonnait presque comme un aveu : “C’est une saison particulière qui se termine. Des choses changent, le club est en mutation et je n’ai pas forcément été en adéquation avec ces changements. Une page se tourne. On est un peu nostalgiques du passé mais nous entrons dans une nouvelle ère. Et le groupe est fort. Pour une première année ensemble, c’était une belle année”.

Une belle année, donc, qu’il faut maintenant confirmer. A l’intersaison,
si la vague de mouvements n’est pas comparable à celle qu’elle avait été
un an plus tôt, elle a néanmoins été assez conséquente. Mas, Ivaldi, Privat, Mowen, Trinh-Duc, pour ne citer que les plus emblématiques, sont partis, alors que Tomane, Nadolo et Dumoulin sont arrivés. Une nouvelle donne pour aller chercher, cette fois, un trophée majeur.

Et si Benjamin Fall en avait terminé avec les coups durs ? L‘exercice 2015-2016 le laisse penser : épargné par les blessures, le Montpelliérain a sans doute réalisé la meilleure saison de sa carrière, ponctuée d’un titre en Challenge Cup. Aujourd’hui, entre Top 14, Coupe d’Europe et équipe de France, le joueur a en tout cas des ambitions intactes.

Tu entames ta 3ème saison sous les couleurs du MHR, c’est le signe que tu t’y sens toujours aussi bien ?

Absolument, d’autant plus que le groupe commence à être vraiment soudé et que les résultats arrivent petit à petit. C’est à la fois un honneur et un plaisir de pouvoir évoluer et rester dans ce club.

Tu as réalisé ta saison la plus aboutie l’année dernière, avec 18 titularisations en Top 14 et 8 en Coupe d’Europe. C’est forcément une satisfaction ?

Avant tout, j’ai eu de la chance par rapport aux blessures qui m’ont souvent posé des problèmes par le passé. La saison dernière a été bien longue, j’ai pu être en pleine possession de mes moyens et m’exprimer à 100%, alors que cela n’avait pas été forcément le cas par le passé. Je suis très satisfait de cette saison. Je me suis fixé des objectifs encore un peu plus élevés pour 2016-2017, et j’espère que j’arriverai à les concrétiser.

Comment as-tu trouvé la force mentale pour te relever après toutes les blessures qui ont freiné la première partie de ta carrière ?

Les blessures font partie de notre métier et il faut l’accepter : dans une carrière, on ne peut pas passer à côté même si on est le plus grand sportif qui soit. Il faut savoir l’assumer et le plus important est de savoir revenir encore plus fort qu’avant la blessure.

Il est capital de bien se soigner, de bien récupérer et de repartir comme si rien n’était arrivé. C’est le leitmotiv quand on a la malchance d’être sur le flanc.

Tu as dû renoncer au rassemblement de l’équipe de France lors de la préparation du dernier Tournoi des 6 Nations. La frustration devait être énorme…

C’est toujours délicat quand on se fixe un objectif, qu’on est en phase de pouvoir le concrétiser et que par malchance on se blesse. Comme je le disais précédemment, j’ai fait en sorte de vite évacuer cette frustration et de bien me soigner. Je me suis dis que j’aurais peut-être la chance d’y revenir, et en tout cas je vais tout faire pour. Ma carrière n’est pas finie. C’est vraiment l’un de mes gros objectifs depuis quelques années, et j’espère que je pourrais enfin m’exprimer sous le maillot bleu.

La concurrence est rude dans de nombreux clubs, mais celle du MHR est sans doute parmi les plus importantes… Comment la perçois-tu ?

La concurrence est partout, dans tous les clubs de Top 14, à plus ou moins grande échelle suivant les postes. Les saisons sont très longues, fatigantes, et les coachs ont besoin d’avoir un effectif garni avec de gros joueurs sur chaque poste, en doublant ou triplant les postes avec de très bons joueurs. Au fil des semaines ou des mois, chacun a sa chance car les deux tableaux sont vraiment relevés, que ce soit en Coupe d’Europe ou en Top 14. La concurrence se vit bien à Montpellier : on en a besoin pour se surpasser et

également pour pouvoir souffler. On ne peut pas être au top tout le temps, toute la saison, et la concurrence nous permet un peu de souffler, de nous relancer, nous remotiver quand on a des petites passes délicates. La concurrence est une bonne chose, il ne faut surtout pas la prendre comme un élément négatif.

Tu as alternativement évolué à l’arrière et à l’aile la saison dernière. Quel est le poste que tu affectionnes le plus ?

Il y a eu un gros recrutement cette saison, comme d’habitude, et nous sommes quatre à pouvoir évoluer en numéro 15. J’aimerais beaucoup me fixer à l’arrière car c’est un poste que j’affectionne. J’y ai évolué toute la fin de saison, j’y ai repris goût. Après, s’il faut laisser la place sur certains matchs, je jouerai là où on me dira de le faire. Je ne ferai pas le difficile ! (sourires)

En 2015-2016, vous avez échoué en demi-finale du Top 14 après avoir remporté la Challenge Cup. Quel était le sentiment prédominant ? La joie d’avoir remporté un titre ou la déception d’échouer si près du Bouclier ?

La saison a été bien garnie, et le titre européen permet au bilan d’être plutôt positif, surtout si on tient compte de notre début de parcours et de la restructuration du club. Quant au fait d’échouer en demi-finale du Top 14, sur le match il n’y a pas photo : Toulon était vraiment au dessus. Quand on a mis tous

les ingrédients pour essayer de gagner et que l’équipe adverse est supérieure, il n’y a pas de regret à avoir, car on sait qu’on a tout donné. On aurait évidemment aimé aller un peu plus loin et on espère franchir ce petit palier cette saison.



Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle saison ? Quels sont les objectifs du staff héraultais et de vous, joueurs, pour ce nouvel exercice ?

Essayer d’exister déjà sur la scène européenne comme on a pu le faire l’an dernier, sauf que là, ce ne sera pas la « petite Coupe d’Europe ». On aura vraiment des équipes de notre niveau, au moins. C’est un bon moyen pour nous jauger. En Top 14, on sait que tout est possible à partir du moment où tu es qualifié : le sixième peut finir champion et ça sera jouera sur des ingrédients et des détails. Mais l’idée prédominante est de faire mieux que l’année dernière.

De nombreux départs sont intervenus à l’issue de la saison dernière, notamment des cadres, et des joueurs sont arrivés. Comment s’est passée votre reprise ?

Comme chaque année, il y a des départs et des arrivés. Il y a des nouvelles têtes, des têtes qu’on avait l’habitude de voir qui partent… Malheureusement, c’est comme ça. Certains ont eu de nouveaux challenges à relever et ont décidé de partir, il faut accepter leur choix. Nous, au niveau de la reprise, ça s’est très bien passé. Les nouveaux se sont bien intégrés. Le groupe a été énormément rajeuni et cela amène un peu de fougue. Ce n’est que du positif. Pour ce qui est de la préparation physique, on a souffert, comme tout le monde… Mais heureusement, c’est désormais derrière nous ! (sourires)

Côté recrutement, le MHR a décidé de renforcer sa ligne de trois-quarts avec les arrivées d’Alexandre Dumoulin, Nemani Nadolo et Joe Tomane. Quel regard portes-tu sur eux ?

C’est un énorme atout pour le club ! A la suite des performances qu’on a pu faire ces derniers temps, on arrive à attirer des gros joueurs qui vont pouvoir nous apporter énormément au sein du groupe et sur les matchs. J’ai maintenant hâte de les voir à l’œuvre car ils vont nous faire beaucoup de bien. Ce sont tous des grands joueurs, des joueurs d’expérience, internationaux, stars de l’hémisphère sud ou du rugby mondial… C’est très bien pour le MHR.

Vous vous déplacez à Toulouse pour cette première journée de championnat. Quelles vont être vos motivations ? Comment perçois-tu le Stade Toulousain ?

Le Stade Toulousain est un club mythique, le plus titré de France. C’est une usine à gagne. Quand on voit son palmarès, quand on voit tous les joueurs qui y sont passés ou ceux qui y sont actuellement… C’est vraiment impressionnant. Même si, sur les dernières années, il y a eu moins de résultats, ça reste une équipe dangereuse, toujours spectaculaire. On se déplace cette semaine en tant qu’outsiders. On aura peut-être un peu moins la pression que Toulouse, qui aura à cœur de démarrer d’une manière positive à domicile. Et on va quand même essayer de gagner ce match !

Tu as décidé récemment de prolonger l’aventure avec le MHR pour trois saisons supplémentaires.
Souhaites-tu terminer ta carrière dans l’Hérault ?

Pourquoi pas ! C’est encore un peu loin pour le dire, mais l’objectif était de me stabiliser dans ce club qui a de grosses ambitions et d’essayer de gagner un maximum de choses. Je souhaitais aussi me fixer par rapport à mes objectifs vis à vis de l’équipe de France. J’ai eu le « malheur » de beaucoup bouger ces dernières années, l’année précédant la Coupe du Monde notamment… Cela m’a sans doute un peu desservi car quand on change de club, on repart un peu de zéro au niveau des schémas de jeu, des automatismes… Pour moi, l’objectif à long terme serait de participer à la Coupe du Monde au Japon, en 2019. Après, on verra ce qui arrive par la suite, mais pourquoi pas terminer à Montpellier ? Ce serait une belle chose.

Dans l’effectif actuel du MHR, ils sont quatre à être passés par le Stade Toulousain.
Akapusi Qera a disputé 10 matchs en rouge et noir en 2013-2014, Antoine Guillamon 10 également (entre 2012 et 2014),
alors qu’Antoine Battut en compte… 10 (de 2004 à 2006). Charles Géli, le talonneur montpelliérain, n’a jamais revêtu le maillot
de l’équipe professionnelle au Stade, mais il y a joué chez les jeunes, des minimes aux Crabos.




Quand on évoque Benjamin Fall, on pense instinctivement, et c’est bien malheureux, aux multiples blessures qui ont handicapé la progression de l’intéressé. Mais à l’inverse de tant d’autres, le natif de Langon s’est toujours relevé, preuve d’une force de caractère indéniable.

La saison dernière a sans doute été la plus accomplie depuis ses débuts
professionnels : dans un effectif aussi fourni que celui du MHR, l’ailier a participé à 26 matchs… tous en tant que titulaire. A l’aube de l’exercice 2016-2017, il prévient : “La saison dernière a été positive. On a tout de même décroché un titre européen, enchaîné pas mal de matchs, de très bonnes performances. L'idée, c'est de revenir avec de grosses ambitions, la même envie, et encore plus d'implication”. Rendez-vous est pris.



De retour au plus haut niveau après seulement une année d’exil en Pro D2, Bayonne attaque cet exercice par un match à domicile, là où il s’était montré quasiment intraitable la saison dernière (une seule défaite en quinze matchs disputés). Pour l’Aviron, qui a retrouvé le Top 14 via la finale d’accession, l’une des questions est de savoir comment le staff a pu gérer cette montée tardive qui, généralement, ne porte pas chance aux clubs concernés.

Après sa défaite en finale du dernier championnat et un été relativement mouvementé en coulisses, Toulon attaque ce week-end l’après Bernard Laporte. Pour le RCT, qui débute la compétition avec deux déplacements consécutifs, comme il en avait émis le souhait, ce match à Jean Dauger sera une première occasion de se jauger. La saison passée, les Varois s’étaient imposés à six reprises à l’extérieur et faisaient partie des bons élèves du championnat dans ce secteur.



Une fois encore, Bordeaux-Bègles a manqué les phases finales de très peu en mai dernier, au terme d’un final haletant mais forcément frustrant. Le club, qui voudra à n’en pas douter intégrer cette fois le Top 6 au soir de la 26ème journée, débute par un morceau de taille ce Top 14 2016-2017.
La saison passée, les Aquitains s’étaient inclinés sur leurs terres face au Racing, passant même à côté du point de bonus défensif (20-28).

Sacré champion de France au Camp Nou il y a à peine quelques semaines, le Racing 92 attaque officiellement ce week-end la défense de son titre. L’une des interrogations majeures, notamment en cette entame de compétition, est de savoir comment les Franciliens auront digéré la conquête de leur Graal.
La saison passée, les Ciel et Blanc avaient ramené sept victoires et un nul de leurs divers déplacements, et avaient terminé à la deuxième place, derrière Clermont, au classement des équipes à l’extérieur.



Eliminé à l’extérieur en barrage en fin de saison passée, Castres avait payé au prix fort une entame de championnat complètement ratée, avant de finir en boulet de canon. Pour cette deuxième saison de l’ère Urios, le club voudra éviter ce retard à l’allumage et débuter de la meilleure des façons.
En 2015-2016, le CO, à Pierre Antoine, n’avait pas fait de détails face à son adversaire du jour, s’imposant 37 à 6, bonus offensif en prime.

Après avoir obtenu presque sans trembler son maintien la saison dernière, la Section voudra sans doute franchir un palier dans les mois à venir et se positionner (au moins) en milieu de tableau. Pour cela, il faudra que les coéquipiers de Colin Slade affichent un tout autre visage à l’extérieur par rapport à l’exercice précédent : car en rééditant un bilan global de deux victoires seulement loin de leur base, les Béarnais auront du mal à revoir leurs ambitions à la hausse.



Si les rêves d’Europe, un temps envisagés la saison dernière, n’ont pas été concrétisés, cela ne saurait occulter le formidable parcours accompli par La Rochelle, qui n’a jamais été inquiété dans l’optique du maintien.
L’ASR doit pour beaucoup ses performances à un comportement solide à domicile. Avec seulement deux défaites à Marcel Deflandre (dont une face à… Clermont), le message est clair : il n’est jamais aisé de ramener des points des Charentes Maritimes.

L’an passé, pour la première journée de la saison (déjà !), l’ASM avait frappé un grand coup en s’imposant avec le bonus offensif à La Rochelle, 44 à 6. Une victoire sans appel qui préfigurait le comportement global des Jaunards à l’extérieur tout au long de la saison : ces derniers ont en effet affolé les compteurs et établi un nouveau record en la matière, avec neuf victoires pour seulement quatre défaites d’un bout à l’autre du championnat.



Après avoir littéralement survolé la Pro D2 la saison passée, le LOU retrouve le plus haut niveau avec des ambitions à peine voilées. Le club voudra à tout prix ne pas renouveler ses expériences malheureuses des années passées, quand ses accessions s’étaient inexorablement muées en descentes immédiates quelques mois plus tard. Pour ce premier match de la saison à domicile, les Rhodaniens pourront en tout cas s’appuyer sur leurs remarquables statistiques de la saison dernière, avec quinze victoires en autant de rencontres, pour un total ébouriffant de 72 points sur un total idéal de… 75 !

Brive avait épaté son monde en 2015-2016, terminant le championnat à la huitième place, alors que beaucoup faisaient du club un candidat idéal à la relégation. Il faudra maintenant confirmer, et le CAB tient d’emblée une belle occasion d’afficher de nouvelles dispositions à l’extérieur : car avec seulement deux succès en déplacement la saison passée, les Corréziens disposent en la matière d’une belle marge de progression.



Après un championnat précédent décevant d’un bout à l’autre et un maintien qui a été obtenu in extremis, le champion de France 2015 entend bien débuter ce Top 14 sur de nouvelles bases. Pour cela, il faudra refaire de Jean Bouin une place difficile à conquérir : on ne peut pas dire que cela ait été le cas la saison passée, puisque les Franciliens ont mordu la poussière à cinq reprises sur leurs terres, dont une fois face à Grenoble, qui s’était baladé dans la capitale (33-18).

Comme (trop) souvent depuis sa remontée en Top 14, Grenoble a accompli l’année passée une première moitié de saison très convaincante, laissant entrevoir une possible qualification pour les phases finales, avant de nettement fléchir lors de la phase retour. Alors que Fabrice Landreau a passé le relais à Bernard Jackman, le FCG tentera cette fois de se montrer plus régulier. En 2015-2016, les Isérois n’avaient pas démérité à l’extérieur, cumulant quatre succès tout au long du championnat.

De 1993 à 2006, il fut le manager de l’équipe première et était,
avec ses comparses successifs, aux petits soins des joueurs. Celui qui a également
été le speaker officiel du club se souvient avec émotion de toutes les générations
qu’il a eu la chance de côtoyer au Stade Toulousain.

Quand es-tu arrivé au Stade Toulousain et quelles ont été tes fonctions durant toutes ces années ?

J’ai signé ma première licence en 1954 en tant que benjamin à la demande de mes deux entraîneurs, qui étaient au lycée Pierre de Fermat. C’étaient André Mélé et Marcel Dax, qui furent par la suite à la tête de l’équipe première au Stade Toulousain.

Quelles ont été tes fonctions exactes pendant toutes ces années ?

J’ai joué jusqu’en 1961-1962, avant de me blesser gravement au genou droit.
À l’époque, il était très compliqué de se relever d’une blessure comme celle-ci. Je suis par la suite allé jouer dans des petits clubs avec des amis. Ensuite, je suis revenu au Stade, comme supporter dans un premier temps, puis en 1976-1977, le président Cazaux m’a demandé de donner un coup de main.
À l’arrivée de René Bouscatel en 1992-1993, on s’est occupé, avec Paul Garrigues et Jean Lacroix, de l’équipe première. Ensuite, Paul a choisi une autre voie, et on a continué avec Jean jusqu’à, hélas, qu’il disparaisse. J’ai ensuite poursuivi jusqu’à la saison dernière avec Guy Cavaillé.

En tant que managers, dans la mesure où nous avions la totale confiance de Guy Novès, on s’occupait de tout, à l’exception bien entendu du sportif. D’ailleurs c’est Jean Lacroix qui a eu cette phrase, que j’ai faite mienne par la suite : « Nous sommes là pour faire en sorte que le sportif n’ait qu’à s’occuper du sportif ».

Tu as longtemps été le speaker officiel du club. Qu’est-ce que tu appréciais dans cette activité et quels sont tes meilleurs souvenirs ?

J’ai été speaker pendant 18 ans. J’aimais avant tout essayer de donner un peu de vie au match en donnant des informations aux spectateurs qu’ils n’étaient pas censés connaître : annoncer que le joueur entrant disputait par exemple son 100ème match en rouge et noir, ou encore que c’était son anniversaire.
Pour les deux équipes, contrairement à beaucoup d’autres stades, je donnais la composition avec les prénoms des joueurs et j’essayais d’être le plus neutre possible lors des annonces, des essais… Je ne sautais pas partout lorsqu’on marquait et je ne m’enfermais pas dans les vestiaires quand on prenait un essai. J’essayais d’être le plus objectif possible.

J’ai plusieurs souvenirs marquants, mais le plus grand reste lors de l’année 1999. On avait été battus en demi-finale du championnat précédent par le Stade Français, qui allait être champion. On était tenants du titre et on avait pris une belle déculottée, 39 à 3.
Quelques mois plus tard, on reçoit les Parisiens en quart de finale, dans un Stadium plein et remonté comme jamais. Bernard Laporte avait essayé de nous faire une entourloupe en changeant l’équipe dans les dernières minutes… Il se trouve que ce jour-là, on leur a largement rendu la monnaie de leur pièce et je dois reconnaître qu’à chaque fois qu’on marquait un essai, je jubilais intérieurement. On avait remporté ce match 51 à 19.

Quel est ton premier souvenir marquant en tant que manager ?

Je suis devenu manager lors de la saison 1993-1994, et c’est le premier titre, en 1994, qui a été le plus marquant. Guy Novès et Serge Laïrle venaient de prendre l’équipe en main en début de saison. A nous cinq, Novès, Laïrle, Paul Garrigues, Jean Lacroix et moi, on s’entendait comme les doigts de la main. On a vécu ça au plus près jusqu’à la finale.

Quels sont les grands changements entre le rugby amateur et le rugby professionnel, toi qui as connu ces deux périodes ?

D’abord sur la façon d’aborder les entraînements. Avant, de mémoire, les joueurs s’entraînaient le lundi et le mercredi, puis la mise en place avait lieu le vendredi. La récupération se faisait souvent lors de la 3ème mi-temps… Maintenant, les entraînements sont beaucoup plus structurés. Et heureusement, car quand on regarde des matchs d’il y a 12 ou 15 ans, on s’aperçoit que c’est une autre planète, notamment au niveau des impacts ou des contacts. La préparation physique a également beaucoup évolué, et dans le jeu, tout va beaucoup plus vite, et les défenses sont beaucoup plus resserrées… même si dans le temps on voyait beaucoup de 3-0 ou de 6-3.

Qui sont les hommes qui t’ont le plus marqué ?

Incontestablement Guy Novès. J’ai démarré avec Guy, j’ai quasiment fini avec Guy. C’est lui qui m’a le plus marqué, par son professionnalisme, sa volonté de gagner. Une volonté qu’il transmettait non seulement aux joueurs mais aussi à son encadrement. Il disait : « Moi, j’ai deux équipes, une sur le terrain et une qu’on ne voit pas, en dehors du terrain, et qui est aussi importante et que je motive autant que les joueurs ». C’est aussi pour ça qu’on se donnait au maximum pour lui, pour le club et pour l’équipe.

Quel est le titre qui t’a procuré le plus d’émotions ?

En tant que dirigeant, le titre de 1985 contre Toulon, avec la génération Rancoule, Novès, Charvet, Portolan, Maset, Janik, Bonneval, est inoubliable… Ils sont pour la plupart devenus des amis. Il y avait eu un match extraordinaire en finale, et on parle d’un temps où le Stade n’avait pas remporté de titre depuis presque 40 ans.
En tant que manager, j’ai déjà évoqué en championnat celui de 1994, auquel j’associe le premier sacre en Coupe d’Europe. On avait joué à l’Arms Park, qui n’était pas encore le Millennium, contre Cardiff. C’était une finale qui s’était jouée devant à peine 20 000 personnes, dont un millier de Toulousains, avec un trophée qui ne ressemblait à rien à l’actuel. Un premier titre continental, même s’il n’y avait pas toutes les équipes, c’était tout de même une belle fierté pour le club de l’avoir gagné.

Le joueur le plus drôle ?

Difficile de n’en citer qu’un… Michalak et Poitrenaud n’étaient pas tristes, c’est le moins que l’on puisse dire, souvent avec Nicolas Jeanjean. C’était un trio infernal. Avec Jean Lacroix, nous avions eu la bonne idée de les mettre ensemble en chambre… Quand on arrivait dans un hôtel, ils se précipitaient pour être les premiers à récupérer les clés des autres chambres, qu’ils mettaient sens dessus dessous. Entre autres… (sourires)

Le joueur le plus étourdi ?

Il y en a toujours un ou deux qui oublient leur chargeur de téléphone, leur trousse de toilette, leurs chaussures…
Fred Michalak n’était pas mal dans ce domaine… Il est arrivé qu’on reparte vite lui chercher des crampons car il avait pris les deux mêmes pieds !

Le plus râleur ?

Il y en avait ! Christian Califano pouvait exceller dans ce domaine. Patrick Soula et Hugues Miorin n’étaient pas mal non plus. Bizarrement, dans les générations actuelles, il n’y en a pas tellement. Les joueurs râlaient rarement vis à vis des managers, sauf quand ils n’étaient pas en chambre avec qui il fallait !

Le joueur qui sportivement t’as le plus bluffé ?

Dans les anciennes générations, il y a Carl Janik. Il est arrivé tard au rugby car c’était un décathlonien, mais il s’est adapté à la vitesse grand V. C’était un dur sur le terrain, qui sortait avec un grand sourire des terrains adverses, souvent sous les huées du public. Pour lui, le fait de sortir sous les sifflets adverses était une récompense, un signe qu’il avait réalisé un bon match.
Après il y a Fred Michalak, Clément Poitrenaud, Nicolas Jeanjean, Xavier Garbajosa… Ce sont des garçons pétris de talent, qu’on a vu arriver tout jeunes au club. En 1999, en lever de rideau de la grande finale du championnat, les cadets sont sacrés… Deux ans après, les mêmes sont champions de France avec l’équipe première ! Leur talent était indéniable. Ils ne payaient pas de mine, mais quand ils étaient sur le terrain, ils faisaient la différence.
Après il y a des montres sacrés… Didier Conorniou, Denis Charvet, Erik Bonneval pour ces générations. Je peux en citer beaucoup d’autres, dont Fabien Pelous qui a également apporté une belle pierre à l’édifice, avec son nombre impressionnant de capitanat tant en équipe de France qu’au Stade…

Peux-tu nous raconter le rôle assez particulier que tu as tenu auprès de la famille Maka ?

Le premier arrivé était Isitolo, et nous sommes rapidement devenus amis. Un jour, il m’annonce que son frère Finau allait rejoindre le club avec sa femme Elisabeth, enceinte, mais qu’ils ne connaissaient personne à Toulouse. Quand ils sont arrivés, nous avons pris rendez-vous chez un médecin spécialisé.

J’ai accompagné Finau et sa compagne, essayant de leur traduire au mieux ce que disait le médecin. Bryan, leur enfant, est arrivé quelque temps plus tard. Mais dans leur culture, il n’y a pas de parrain ou de marraine. Finau a donc accolé mon prénom, Jean-Louis, à celui qu’il avait choisi, signifiant ainsi que j’étais le « parrain » de l’enfant. Deux ans plus tard, la femme d’Isitolo a donné naissance à une petite fille et il a accolé le prénom de mon épouse, Gisèle, à celui de sa fille. J’ai moins de contact aujourd’hui avec « Isi » car il est reparti dans les îles, mais avec Finau on se voit ou on se téléphone régulièrement. Pour Edwin, c’est différent. Il est arrivé plus jeune et il y a aujourd’hui beaucoup plus d’îliens qu’auparavant. L’intégration est plus facile. Il connaît le rôle que j’ai joué pour ses oncles mais ils sont plus entre eux et ont bien moins besoin de moi.

Quel est ton pire souvenir avec le Stade ?

Hélas, il y en a plusieurs. Sportivement, ce sont les finales perdues, jamais agréables à vivre. J’ai toujours dit qu’il valait mieux perdre en demie qu’en finale. C’est frustrant, mais tu t’en remets plus facilement. Les défaites face au Stade Français et le Biarritz Olympique, en championnat, me sont restées en travers de la gorge.
Mais le match qui me laisse le plus mauvais souvenir reste celui contre les Wasps, où nous avons pris 77 points. Rien n’allait. Thomas Castaignède se blesse rapidement, plusieurs autres joueurs également, mais on tient le coup. On est à 12-10 et puis après c’est l’avalanche. Offensivement ça part de partout, tu regardes le chronomètre et tu trouves le temps très long. À la sortie, à 77 points, tu n’as pas grand-chose à expliquer…

Humainement, ce sont les décès de Paul Garrigues et de Jean Lacroix, avec lesquels j’étais très proche. Annoncer la minute de silence en leur honneur, au milieu de la pelouse, a été assez dur.

Il y a également le décès de Maleli Kunavore. Je me souviens que la veille de son départ, il m’avait invité avec son épouse à manger chez lui. Le lendemain, avec Guy Cavaillé, on les a amenés à l’aéroport. On a appris par la suite que son cœur avait à nouveau lâché. Il n’avait qu’un scooter quand il était au club, il ne conduisait pas et je m’occupais beaucoup de ses déplacements… Sa disparition reste un moment très difficile.

Que fais-tu aujourd’hui ?

Je ne m’occupe plus de l’équipe professionnelle, mais je suis toujours au conseil de surveillance, au comité directeur et secrétaire général de l’omnisport. J’ai de quoi m’occuper. Et je viens de temps en temps voir les joueurs, déjeuner au club-house avec les copains et être speaker de remplacement.

Le mot de la fin ?

J’ai vécu des saisons exceptionnelles au Stade Toulousain, avec beaucoup de trophées. J’espère que les supporters, le club et moi auront encore le plaisir de fêter de nombreux autres titres.