Alors que le Stade enchaîne les rencontres au sommet en ce début de saison, l’entraîneur des lignes arrières analyse le parcours effectué jusque-là par ses protégés. Avec, en point de mire, le sommet face à Toulon, dimanche à Ernest Wallon.

Cette interview a été réalisée la semaine dernière, en préambule du déplacement au Racing 92.

Comment analyses-tu, sur le plan du jeu, le début de championnat réalisé par ton équipe ?

Nous en sommes au début de la saison et certaines équipes ne sont pas encore prêtes. Je pense notamment à celles qui ont participé aux phases finales du dernier championnat, et qui ont du coup eu une préparation écourtée, avec une, deux ou trois semaines de moins. Or, dans le championnat qui est le nôtre, si le physique ne suit pas…
On a encore du mal, aujourd’hui, à prendre les bonnes décisions au bon moment au cours des matchs. Et pour tout dire, on est encore loin de produire ce que l’on aimerait faire sur le terrain.
On voit des mauvais positionnements, des fautes de mains, des choix discutables, des mauvaises options de jeu… Tout va progressivement rentrer dans l’ordre, au fil des matchs et des semaines. Aujourd’hui, avec aussi peu de préparation physique, on est moins bien en place que la saison passée à la même époque.

La touche, en tout cas, est un secteur qui est plutôt à son avantage si l’on se réfère aux premières sorties ?

Quand on affronte de grosses écuries, il faut être capable de rivaliser dans beaucoup de domaines, et de prendre l’ascendant dans d’autres. Si l’on se réfère aux premiers matchs, c’est un secteur dans lequel nous avons incontestablement progressé, et qui est la suite logique du très bon travail effectué tout au long des entraînements.
Mais attention, car on sait bien que rien n’est jamais acquis et que tout peut être remis en question d’une semaine à l’autre. On verra dans le futur si nous sommes capables de maintenir ce niveau de performance.

Les surprises sont déjà nombreuses en ce début de saison. Prendre un bon départ semble dans ces conditions d’autant plus capital ?

Tout est important dans un championnat aussi serré et relevé que le Top 14. On a tendance à l’oublier quand on est en fin de parcours, mais la saison passée, peut-être qu’un point supplémentaire emmagasiné au mois de septembre nous aurait permis de terminer dans les quatre premiers.
On va s’accrocher, comme on l’a fait au Racing, comme on le fera contre Toulon, puis à Lyon... et dans les autres rendez-vous qui suivront, puisque nous sommes partis sur une très longue série de matchs avant une première trêve. Chaque point est important, chaque comportement est important, et encore davantage le comportement collectif, qui va nous guider et solidifier encore un peu plus notre état d’esprit.
Affronter des équipes aussi compétitives que Toulon nous permettra d’être fixés très rapidement : on va savoir où on en est et si nous sommes proches ou au contraire très éloignés des meilleurs.

Sur un plan plus individuel, Alexis Palisson, après deux premières saisons compliquées, semble en pleine forme au vu de ses premières performances ?

Alexis a joué de malchance depuis son arrivée au club, en se blessant gravement au genou au cours de sa première saison. Puis, son retour a été compliqué, et il le dit d’ailleurs lui-même, en raison de la très forte concurrence qui existe à son poste. Cela ne l’a pas empêché, cela dit, de faire quelques très bonnes prestations en deuxième partie de saison dernière.
Aujourd’hui, nous sommes très satisfaits de son entame de championnat. De son côté, lui se sent beaucoup mieux, et on sait que généralement, quand la confiance est là, le reste suit également. Même si, aujourd’hui, il y a encore quelques petits scories, il fait partie des garçons qui accomplissent un bon début de saison.

Yoann Huget, après une saison blanche, enchaîne de son côté les titularisations depuis le coup d’envoi du Top 14 ?

Il faut un an, ou presque, pour revenir à un niveau rugbystique équivalent quand on a eu une blessure de ce type. Puis, il faut cinq, six, sept matchs pour reprendre la confiance nécessaire et retrouver l’intégralité de ses sensations.
Aujourd’hui, si je ne me trompe pas, on doit être à un an après sa blessure (N.D.LR : Yoann s’était blessé lors de la Coupe du Monde, le 19 septembre 2015), et dans un mois ou deux, il aura retrouvé toute sa puissance et on reverra, je l’espère, le Yoann d’avant sa blessure.

On parle d’un athlète qui est très performant au niveau physiologique. Il a rongé son frein, énormément travaillé, et en fin de saison passée, il aurait déjà aimé revenir. Mais il était difficile pour nous, avec l’incertitude liée à son physique, de le remettre dans le bain à ce moment-là, dans un moment si particulier de la saison. Sans compter qu’il aurait fallu sortir un autre joueur qui avait fait toute la saison.
On a donc décidé de lui donner du temps, avec quelques semaines de plus pour se préparer. Aujourd’hui, physiquement, il n’est pas loin d’un très bon niveau, mais il lui reste à reprendre de la confiance. Mais je n’ai aucun doute sur le fait qu’il soit performant dans très peu de temps.

Avec un bilan global de trois victoires pour cinq défaites avant ce choc, c’est un Stade Toulousain dans ses petits souliers qui attend le RCT, lequel caracole de son côté en tête du classement. Pourtant, l’issue de la rencontre ne fait rapidement aucun doute : avec un Luke McAlister des grands soirs à la baguette et un Imanol Harinordoquy omniprésent, les Toulousains, d’abord grâce à un essai de Fickou, prennent le large et mènent 16-0 à la pause. La réalisation de Huget, dès la reprise, scelle définitivement le sort d’un match qui était celui de toutes les peurs pour les Stadistes.

C’est le match de la « remontada » ! Bousculés, malmenés, les Toulousains subissent en première période et accusent un retard de douze points à la mi-temps, sans avoir débloqué leur compteur.
Heureusement, tout change par la suite : la physionomie s’inverse, et, lentement mais sûrement, les locaux refont leur retard, jusqu’à l’essai libérateur de Vermaak, à dix minutes du coup de sifflet final. Il était temps.

Il s’agit du plus gros écart entre les deux équipes depuis la remontée de Toulon au plus haut niveau. Leaders au classement avant cette journée, les Toulousains ne font qu’une bouchée de leurs adversaires, rapidement dépassés et réduits à quatorze après le carton jaune de Kefu. Six essais, dont un doublé de Médard et un dernier, somptueux, de Louis Picamoles, agrémentent la prestation presque parfaite accomplie ce jour-là par les hommes de Guy Novès.

Il s’agit de la seule victoire toulonnaise dans la Ville Rose depuis que les deux équipes côtoient mutuellement le plus haut niveau. Dans cette rencontre disputée au cœur du Tournoi, les Toulousains, privés de nombreux internationaux, passent totalement à côté de leur sujet. Le manque de réussite des buteurs Skrela et Fritz se révèle fatal, et le Stade connaît ce jour-là sa deuxième défaite à domicile de la saison.

Si le RCT découvre cette saison-là le Top 14, il n’est pas vraiment, avec sa pléiade de stars, un promu comme les autres. Et ceux qui attendaient un cavalier seul du Stade, alors largement leader de la compétition, en seront pour leurs frais : la partie est tendue, et l’indiscipline coûte cher à Toulon, qui se retrouve par deux fois en situation d’infériorité numérique. Les essais de Fritz et Kelleher permettent aux Toulousains de s’en sortir, mais par un trou de souris.

Gravement blessé au genou lors de sa première saison toulousaine, l’ailier n’a disputé qu’un nombre de matchs restreint avec le Stade. Particulièrement en vue en ce début de saison, il affiche une forme éclatante et devrait être un atout de poids pour le club dans les semaines et les mois à venir.

Jusqu’ici, la carrière toulousaine d’Alexis Palisson ressemble, bien malgré lui, à une succession de rendez-vous manqués. Des contretemps forcément rageants, qu’il était bien difficile de prévoir, tant le CV de l’intéressé plaidait en sa faveur au moment de son arrivée au club, à l’été 2014.
Avec 116 matchs de Top 14 à son actif, celui qui avait à l’époque 26 ans était de surcroît un international en puissance, titulaire lors d’une certaine finale de Coupe du Monde disputée face à la Nouvelle Zélande trois ans plus tôt.

La suite, on l’a compris, a été plus délicate. La faute à une blessure au genou, subie lors d’un entraînement qui devait être comme les autres, un jour de janvier 2015. « Je débarquais dans un nouveau club, un nouvel environnement, et après plusieurs semaines d’adaptation, j’avais réalisé quelques bons matchs et gagné la confiance des coachs. Je me suis blessé à l’entraînement, tout seul, sur un appui que j’ai dû réaliser des milliers de fois. Je ne me sentais même pas particulièrement fatigué ce jour-là », se remémore l’intéressé.

Les mois qui ont suivi sont connus de tous les sportifs de haut niveau victimes de ruptures de ligaments croisés. La douleur, l’opération, la convalescence, la rééducation… Des mois ponctués de beaucoup de hauts et de quelques bas en ce qui concerne Alexis, qui parvient à renouer avec la compétition en milieu de saison dernière, pour un bilan famélique compte tenu de son potentiel : 13 matchs, 2 essais, et un championnat qui se termine sans avoir été invité au barrage contre le Racing.

« Je me suis blessé au beau milieu de la première année, ce qui fait que je suis revenu en plein milieu de la deuxième », s’amuse presque le joueur. « Pour reprendre, avec la concurrence qui existe au sein du club, cela a été compliqué. Mais déjà, en fin de saison dernière, je reprenais beaucoup de plaisir sur le terrain, et cela commençait à se voir sur mes performances. De toute façon, le jeu du Stade Toulousain me correspond parfaitement et aujourd’hui, je me régale ».


Les matchs amicaux d’août avaient déjà été annonciateurs de bonnes nouvelles : on avait retrouvé le joueur inspiré, tranchant, déroutant pour ses adversaires, capable de gagner des duels dans un mouchoir de poche… Bref, le Palisson des grandes années. Restait à confirmer en compétition officielle, ce qui fut fait, et de quelle manière, contre Montpellier et Bordeaux-Bègles. Deux rencontres pleines pour l’ancien Toulonnais, qui, et c’est évidemment très symbolique, a été le premier marqueur de la saison stadiste…
« Mon corps me laisse tranquille, et cela me permet d’enchaîner les rencontres », explique le joueur. « Moralement c’est très important, car après une blessure comme la mienne, on a l’impression de vite guérir… avant de se rendre compte que l’on est finalement loin derrière ».

Après deux saisons difficiles, Alexis pourrait bien être, à l’instar de Yoann Huget, l’un des renforts appréciables de l’intersaison. Il y croit dur comme fer, et nous avec lui.

 

Depuis la remontée de Toulon en Top 14, lors de la saison 2008-2009, huit affrontements ont eu lieu face au Stade dans la Ville Rose. Le bilan est aujourd’hui largement en faveur des Stadistes, qui ont remporté sept de ces huit duels. Les Toulousains ont inscrit 20 essais dans ce laps de temps, soit une moyenne de 2,4/match.

Après une incroyable razzia de titres ces dernières années, le RCT a connu une saison blanche en 2015-2016, échouant notamment en finale du Top 14 face au Racing. Mais ce n’est pas pour autant que le club et son volubile Président entendent revoir leurs ambitions à la baisse dans les mois à venir.

Le RCT, quelque part, est sans doute victime de son succès et de la formidable moisson de titres de ces dernières années. En remportant quatre trophées majeurs (trois Coupes d’Europe et un championnat) entre 2013 et 2015, le club a placé la barre très haut.
La saison précédente, si elle n’a pas permis d’ajouter une coupe dans le bureau présidentiel, n’a pas été infâmante, avec au bout du compte un quart de Champions Cup et une finale de Top 14, perdue il est vrai dans des circonstances qui attisent les regrets (les Rouge et Noir ont évolué en supériorité numérique durant quasiment toute la rencontre). Seulement voilà : pour le très exigeant public toulonnais, les places d’honneur n’existent pas et un exercice sans titre, peu importe les circonstances, est un exercice manqué.
Il faut dire qu’incontestablement, une page s’est tournée dans le Var, et Bernard Laporte, pas spécialement un perdreau de l’année, n’a jamais été dupe : on ne perd pas impunément et en l’espace de deux saisons seulement des joueurs de calibre mondial, des leaders de jeu et de vestiaire comme Wilkinson, Botha, Williams, Masoe, Hayman ou O’Connell .

Une évolution était nécessaire, mais pas une révolution. Une fois n’est pas coutume, l’intersaison a été plutôt calme sur la Rade. Les départs ont été limités (les frères Armitage, Quade Cooper, Michalak tout de même), et des arrivées ciblées, avec les renforts de joueurs d’expérience.
Mais, et c’est d’ailleurs ce qui a constitué l’une des sagas estivales du Top 14, le plus grand changement concernait le sportif, avec l’arrivée de Diego Dominguez en lieu et place de Bernard Laporte.

Le premier nommé, qui avait pris ses marques durant la deuxième moitié de la saison passée, a selon les rumeurs été remis en question par Mourad Boudjellal, qui aurait songé à s’en séparer avant même son premier match officiel. Difficile, entendons-nous bien, de démêler le vrai du faux, et toujours est-il que l’ancien joueur du Stade Français était bien là lors de la première journée de championnat. Mais l’intersaison a été agitée du côté de Toulon, sans que l’on sache s’il existe un lien de cause à effet direct avec l’entame de saison poussive réalisée par les coéquipiers de Sébastien Tillous-Borde.




Battu chez le promu bayonnais sans même prendre le bonus défensif, puis vainqueur à Pau à l’issue d’une fin de match rocambolesque, le vice-champion de France a ensuite, et à la surprise générale, été défait à Mayol par Brive. Une entrée en matière très délicate, qui a poussé le volcanique Président Boudjellal à sortir de sa réserve : « Quand tu perds chez un promu lors de la première journée… Si on joue toute l’année comme ça, on est déjà distancés par un candidat au maintien. Sur le match à Bayonne, on n’est pas dignes du maintien en Top 14. Il n’est pas question de laisser filer et faire une saison de m... Je ne peux pas me résoudre à une simple saison de transition. J’ai été déçu par le rendement de certains joueurs. Il va falloir comprendre pourquoi on en est là et identifier les problèmes.
Y a-t-il des tensions dans le groupe ? Des problèmes avec le staff ? On va voir, mais il est temps que je revienne aux affaires. Je suis reposé, en forme, après deux années où j’ai eu des coups de fatigue »
.

Aujourd’hui, Toulon est certes légèrement décroché, mais le championnat n’en est encore qu’à ses balbutiements. Rien d’irrémédiable, et rien qui puisse atténuer les ambitions du club au muguet. Alors que l’on demandait à Steeve Meehan, l’entraîneur des arrières, quels étaient les objectifs du club en 2016-2017, il eut cette réponse : « Nous souhaitons rendre les gens fiers. Et pour remplir cet objectif, nous ne pouvons viser que le doublé ». Voilà qui a au moins le mérite d’être clair, net et précis.

Le début de saison délicat que traverse le RCT n’a pas découragé son Président. Comme il le dit lui-même, c’est dans la difficulté qu’il prend le plus de plaisir à exercer sa fonction. Avec son franc-parler habituel, il évoque son club, le Stade, le monde du rugby… Attachez vos ceintures.

Toulon a remporté quatre titres majeurs entre 2013 et 2015. Du coup, une saison sans titre est presque décrite comme une anomalie. Est-on trop exigeant envers votre club ?

Non, car aujourd’hui, on mesure à quel point ce que que Toulon a réalisé était fabuleux, dans un Top 14 de milliardaires. Personnellement, je suis dans l’économie réelle. Quand on voit les sommes investies par certains, ça a été remarquable de pouvoir lutter, à l’instar de Toulouse, avec une économie « normale » face à ses mastodontes. Finalement, c’était gagner des titres qui était extraordinaire.
On a une certaine image du RCT, on a l’impression qu’on est un club de milliardaire, mais pas du tout. Je ne suis ni Altrad, ni Lorenzetti, ni Savare, ni le patron de Total, ni Pierre Fabre : je suis quelqu’un qui a bien gagné sa vie mais qui n’est pas milliardaire. Je suis incapable de mettre les sommes qu’ils ont mises dans leur club, tout simplement car je n’ai pas cet argent. Ce que Toulon a accompli, et Toulouse en est également un très bon exemple, constitue la preuve qu’il est possible, avec une économie réelle, de rivaliser avec des clubs qui ont une économie de mécénat.
C’est quelque chose qui ne me dérange pas personnellement. Ce qui me dérange, c’est qu’on nous associe à cette économie. Moi, je vérifie à la fin du mois si je peux payer les salaires. Je ne me dis pas que je pourrais éventuellement faire une rallonge avec ce que j’ai à côté s’il n’y a pas ce qu’il faut. Si la fin du mois se présente moyennement, je ne dors pas bien. Et ça, c’est l’école toulousaine : c’est Toulouse qui a montré qu’avec le rugby, on pouvait monter de grands budgets. Tout le mérite revient au Stade d’avoir vu grand, d’avoir montré la voie et d’avoir donné à d’autres l’envie de voir grand également. Je me suis dit : « Si Toulouse y arrive, pourquoi pas nous ? ».

On ne peut pas refaire l’histoire, mais Toulon aurait-il échoué en finale du dernier championnat s’il avait conservé des cadres tels que Wilkinson, Botha, Williams, Masoe ou Hayman ? En clair, ne payez-vous pas le départ de leaders et de joueurs de classe mondiale, qui n’ont pas forcément été remplacés ?

Le problème est qu’il est difficile de les remplacer, parce que ce sont des joueurs uniques. Je pense que cette finale, on l’a d’abord perdue car dans nos têtes, à la 20ème minute, on l’avait gagnée. Et en rugby, ça ne pardonne pas. Il faut aussi reconnaître que le Racing a été chercher sa victoire, en réalisant un match exceptionnel. Ils ont été à un niveau de jeu où nous n’avons pas été capables d’aller les chercher. Je crois qu’il n’y pas de honte dans le rugby, il n’y a pas à se chercher d’excuses. Ce jour-là, le Racing était plus fort que nous. Tout simplement. On a aussi perdu des finales, contre Toulouse, contre Castres… Des équipes, qui, sur un match, ont su élever leur niveau de performance, contrairement à nous.



Perdre une finale comme celle-ci, alors que votre équipe avait toutes les cartes en mains puisque le Racing était réduit à 14, n’est pas anodin. Y a-t-il un risque que cela ait marqué durablement vos troupes ?

Non, je ne le pense pas. Comme on dit souvent, tout ce qui ne tue pas rend plus fort. Cette défaite ne nous a pas tués, loin de là. On a connu d’autres revers, tout aussi amers. Toutes les équipes ont traversé des moments difficiles. Il y a par exemple une équipe que j’adore, Clermont, et qui a toujours su rebondir après des désillusions. Si Clermont s’en relève, pourquoi pas nous ?

Après la première journée et la défaite à Bayonne, vous avez annoncé votre retour aux affaires et affirmé que vous étiez reposé, après une période de moins bien. C’était une forme de lassitude, le fait d’être rassasié après une moisson incroyable de titres ?

Vous savez, il n’y a rien qui ne m’excite autant que quand ça va mal. J’adore ces périodes, car ce sont dans ces moments-là que l’on montre ce qu’on a dans le ventre, que l’on montre ses compétences. Ce n’est pas quand ça va bien. Il faut vraiment aller chercher au fond de soi des solutions, et c’est beaucoup plus intéressant que quand tout va dans le bon sens.
Cette année s’annonce délicate, et on sait que si on a le bonheur « d’attraper » quelque chose, ce sera encore meilleur. Pour le Stade Toulousain, c’est exactement la même chose : depuis quelques années, c’est un peu plus difficile… Et quand ils vont remporter un trophée, ce sera bien plus savoureux que les années où ils enchaînaient les titres.

Il y a eu des travaux cet été à Mayol, qui vont d’ailleurs se poursuivre prochainement. Avec un triple objectif : agrandissement de la capacité, plus grande proximité avec le public, mise en place de loges ?

L’objectif, c’est d’agrandir le stade pour gagner plus d’argent. C’est aussi simple que ça. Les gens qui agrandissent les stades en général, vous pensez que c’est pourquoi ? Il n’y a pas de honte à le dire !
Le but de l’agrandissement de Mayol, c’est de développer notre chiffre au stade, pour avoir une enceinte plus confortable avec plus de places, plus de loges. Celui qui vous dira l’inverse sera un menteur. Et à Toulon, nous pensons avoir la capacité d’accueillir plus de monde et avoir davantage d’hospitalités.

En 2016-2017, c’est un nouveau staff, des départs importants, des arrivées… Pourtant, vous refusez de parler de saison de transition. Plus que jamais, les ambitions sont intactes ?

« Saison de transition », ça ne veut rien dire ! Cela n’existe pas : cela voudrait dire qu’on fait un break, qu’on arrête tout… On va se battre comme des chiens, et si on peut aller chercher quelque chose, on ne se gênera pas. On ne va pas se dire à un moment donné : « Attention, c’est une saison de transition, on joue pour ne rien gagner ». On est comme tout le monde, comme les treize autres équipes du Top 14. A chaque fois qu’on va rentrer sur le terrain, ce sera pour l’emporter. Je ne dis pas qu’on y arrivera toujours, mais on essaiera à chaque fois.

Les ambitions et l’envie sont là, mais on sait aussi que tout tient à si peu de choses, que sur un malentendu, tout peut basculer. On a gagné un titre de champion d’Europe parce que Morgan Parra a loupé une transformation à 5 centimètres du poteau, et on a perdu un titre de champion de France contre Toulouse car à la dernière minute, il y a une passe de Giteau en avant… Dans le cas contraire, il y a essai. Cela se joue à presque rien. Mais quoi qu’il arrive, il faut essayer.

On sait tous qu’en Top 14, tous les compteurs sont remis à zéro après la 26ème journée et que seules les phases finales ont leur part de vérité. Pourtant, en phase régulière, Toulon reste sur quatre revers de rang face au Stade. On se doute que cela doit tout de même agacer le compétiteur que vous êtes ?

Franchement, pas du tout, car perdre face à Toulouse n’est jamais quelque chose de honteux ! Il y a eu une période où c’était Toulouse qui avait un peu de mal à nous battre, et en ce moment c’est l’inverse. C’est comme ça.
A l’époque, Toulouse était l’équipe qui avait inventé la victoire à un point. Quand on allait là-bas et qu’on prenait le bonus défensif, on levait les bras ! Il n’y a rien de déshonorant à s’incliner face au Stade. Mais si dans le prochain siècle, on peut gagner une ou deux confrontations, ce serait bien ! (sourires)
J’ai de surcroît beaucoup d’estime pour M. Bouscatel, et j’adore Ugo Mola. Je trouve que c’est un mec très compétent et droit. Vous savez, il y a des défaites qui sont moins amères que d’autres… Quand le Stade est dans la joie, ça ne me rend pas triste. Je ne dirais pas ça de tous les clubs, mais Toulouse, ça ne me dérange pas. On devrait plus écouter des clubs qui ont autant apporté que le Stade parce qu’aujourd’hui, si on en est là… Un peu de méritocratie ne ferait pas de mal !

Quand Toulon est monté en Top 14, vous n’hésitiez pas à évoquer le Stade Toulousain comme un modèle. Mais quel regard avez-vous aujourd’hui sur le club ?

J’échangerais volontiers le palmarès du RCT contre celui du Stade Toulousain ! (sourires)
Je me souviens d’une anecdote. Après avoir remporté notre première Coupe d’Europe, nous étions évidemment assez fiers. Et quand on est allés jouer à Toulouse quelques semaines après, on avait mis une grosse étoile sur nos tee-shirts. Les supporters toulousains nous avaient chambrés avec beaucoup d’humour et j’avais trouvé ça très bien ! Ils s’étaient contentés de déplier un drapeau avec quatre étoiles… Ce qui était une façon de dire : « Ne faites pas trop les beaux, vous en avez eu une, on en a quatre ! »
Cela m’avait beaucoup amusé. Je me suis toujours promis que si un jour on devait attraper quatre étoiles, je demanderais aux supporters toulousains de me prêter le drapeau. Que les supporters toulousains le sachent ! Le jour où on aura la 4ème, j’irai chercher le drapeau. Qu’ils le gardent précieusement, et j’espère qu’ils me le prêteront.
J’avais trouvé cette initiative très saine, ça m’avait beaucoup amusé. C’était une très belle façon de nous chambrer mais ce n’était pas insultant.

Pour ce qui est de mon regard envers le Stade Toulousain, j’ai pas mal côtoyé Fabien Pelous à Canal+, et c’est un mec qui sait de quoi il parle, qui connaît son sujet. Ce que j’espère, c’est que M. Bouscatel restera deux ans de plus, sincèrement, parce qu’il apporte beaucoup dans le monde du rugby. Il a 70 ans, mais il a des idées plus jeunes que les jeunes. Il est plus moderne que beaucoup d’autres dans le rugby.

On a besoin de son énergie et de ses idées, car je trouve sincèrement qu’encore aujourd’hui, c’est le président qui compte. Je regrette d’ailleurs qu’il ne se présente pas à la LNR. C’est moi qui m’y colle, mais il avait une légitimité bien plus importante que moi.
Je sais que M. Bouscatel est un peu fatigué de se battre face à des moulins à vent. Vous savez, se battre contre des ânes, c’est compliqué, car on n’en fera jamais des chevaux de course. Je crois que M. Bouscatel l’a compris avant moi…
Je suis un peu plus jeune que lui et j’ai encore peut-être un peu plus d’énergie que lui là-dessus.
M. Bouscatel a compris que c’était une machine, un immobilisme très dur à gérer. Pourtant, il y a tellement de belles choses à faire avec le rugby français… Quel gâchis... Vous savez, quand vous êtes battu dans une élection au rugby, ce n’est pas parce que vous êtes moins bon, c’est uniquement parce que ceux qui votent le font pour celui qui ne viendra pas toucher à leurs acquis. C’est tout. Ils se disent : « Celui-là, s’il est élu, ça ne changera rien pour moi, j’aurais mes petits acquis, par contre l’autre c’est plus dangereux ». Il n’y a que pour ça que vous êtes battu.

Pour être président, il nous manque une qualité, que ce soit à M. Bouscatel ou à moi-même. Il faut avoir emmené son club en Pro D2… Pour l’instant, c’est vrai, nous avons échoué. Quand on voit Biarritz et Perpignan… Apparemment, c’est un élément important pour réussir à être président de la LNR.

Sans rentrer dans les détails et quand on voit les péripéties qui s’abattent sur le club, on a l’impression que son slogan « Ici, tout est différent » ne pourrait pas être mieux choisi. N’est-ce pas aussi ce qui le rend passionnant à diriger ?

C’est clair, on ne s’ennuie pas ! Et, surtout, on ne laisse personne indifférent. Et ça, c’est formidable. Il y a des clubs qui gagnent ou qui perdent, et tout le monde s’en fout. Nous, quels que soient nos résultats, tout le monde le sait. C’est ce qui est un peu différent. Et puis, même les gens qui nous détestent viennent nous voir. Et il y aussi, évidemment, des gens qui nous aiment. C’est ça la vie, susciter des passions, positives ou négatives.

Je ne m’ennuie pas à la tête du RC Toulon. Mais vous savez, parfois, ça nous tombe dessus. Il y a un club qui fait grève, ce qui n’arrive pas souvent, reconnaissons-le… Devinez contre qui doit jouer ce club ? Toulon ! C’était Agen il y a deux ans. Après, ici, on est comme l’OM, tout prend des proportions différentes. Un film de Pagnol fera toujours plus vibrer qu’un film de Bergman. Nous, on est plus du côté Pagnol et ça nous va bien parce qu’on est dans le Sud, il ne faut pas l’oublier. On a quand même le soleil qui nous tape sur la tête toute l’année, et forcément, il y a des séquelles. (sourires)

Quand on est certes vainqueur de grandes compétitions, mais aussi souvent attaqué de toutes parts et sur autant de sujets, on a envie de jeter l’éponge ? Ou, au contraire, on est d’autant plus motivé ?

Je m’appelle Mourad Boudjellal, je suis né de parents immigrés. Je suis né à Toulon, dans un milieu très pauvre. Je peux vous dire que quand vous venez de ce milieu-là, les coups que vous prenez en tant que président du RCT, c’est de la rigolade.
Je ne suis pas le fils de mon père, je ne suis pas un héritier. Le seul héritage que j’ai eu, ce sont des dettes. Si les gens connaissaient le chemin que j’ai parcouru pour en arriver-là, ils comprendraient pourquoi aujourd’hui, je m’en fous complétement.
Je peux vous garantir que quand vous êtes enfant d’immigrés et que vous vivez à 6 dans 20 ou 30 m2, la vie est différente. Mon père n’était pas milliardaire. Ce qui est amusant, c’est qu’aujourd’hui je suis en concurrence avec ces présidents immensément riches. Vous savez, c’est comme le dernier film d’Hitchcock, « Complot de famille » : c’est l’histoire de trois familles qui ne savent pas à quel moment elles vont se rencontrer, et cela se produit finalement lors d’un accident de voiture. Savare, Lorenzetti, je n’avais rien pour les rencontrer, et on pouvait se demander quel accident allait entraîner notre rencontre, tant nos milieux sociaux sont différents. L’accident s’appelle le rugby.

On ne passe pas (ou presque) !
Il n’est pas facile d’inscrire un essai aux Toulousains quand ils évoluent sur leurs terres.
Lors de ses cinq derniers déplacements à Ernest Wallon ou au Stadium,
le RCT n’a marqué qu’à deux reprises : par O’Connor en 2015-16 et Habana un an plus tôt.




Légende du rugby mondial, double vainqueur de la Coupe du Monde, Ma’a Nonu est arrivé en novembre 2015 à Toulon auréolé du titre officieux de meilleur trois-quarts centre de la planète. C’est dire si les attentes étaient grandes envers lui.
Si sa première saison sur la Rade n’a pas été déshonorante (22 matchs, tous en tant que titulaire), on attendait sans doute mieux de la part de l’ancien joueur des Hurricanes, qui a éprouvé des difficultés à se fondre dans le collectif varois.
Forfait pour la finale du Top 14 en raison d’un KO subi une semaine plus tôt face à Montpellier, il doit dans les mois à venir une revanche à ses coéquipiers et supporters.

Pos Équipe Pts J G N P Diff B Off B Déf
1
La Rochelle 10 3 2 1 0 11 0 0
2
CA Brive 10 3 2 1 0 12 0 0
3
Racing 92 9 3 2 0 1 21 1 0
4
Clermont 8 3 1 2 0 4 0 0
5
Stade Toulousain 8 3 2 0 1 -1 0 0
6
Stade Français 7 3 1 1 1 26 1 0
7
LOU 7 3 1 1 1 6 1 0
8
Toulon 6 3 1 0 2 -5 0 2
9
Castres 6 3 1 1 1 9 0 0
10
Pau 6 3 1 0 2 -5 1 1
11
Bayonne 6 3 1 1 1 -11 0 0
12
Montpellier 5 3 1 0 2 5 0 1
13
Bordeaux-Bègles 4 3 1 0 2 -16 0 0
14
Grenoble 1 3 0 0 3 -56 0 1



Les Aquitains, qui avaient parfaitement négocié leur première sortie à domicile face au Racing, ont en revanche chuté sur leurs terres le week-end dernier, contre Montpellier. Pour ce deuxième rendez-vous consécutif sur leurs terres, et alors que les hommes de Raphaël Ibanez ne comptent qu’un succès en trois matchs, un sursaut semble indispensable pour lancer enfin la saison bordelaise.

Bayonne a connu le week-end dernier sa première défaite de la saison, en s’inclinant sur la pelouse de la Section Paloise. Rien d’alarmant pour le promu, qui tentera de faire mieux cette fois-ci. La saison passée, l’Aviron avait ramené cinq victoires et un nul de ses divers voyages… Mais il s’agissait alors de la Pro D2, et régulièrement, les promus éprouvent de grandes difficultés pour briller de la sorte à l’échelon supérieur.



Après trois déplacements consécutifs (!), l’ASM a réussi un petit exploit en restant invaincue, même si les deux matchs nuls concédés à La Rochelle et au Stade Français auraient pu déboucher sur une issue plus heureuse. Ce week-end, Clermont va enfin évoluer devant son public, auquel il doit une petite revanche. La saison passée, en effet, les performances des Jaunards au Michelin avaient été mi-figue mi-raisin pour une équipe de ce standing, avec notamment trois défaites et un nul.

Après une première défaite lors de la journée inaugurale, à Bordeaux-Bègles, le Racing a parfaitement négocié ses deux premières échéances à domicile, en battant successivement le LOU et le Stade Toulousain. Le champion de France en titre retrouve une pelouse où il avait frappé un grand coup la saison passée, quand il s’était imposé lors de la 11ème journée 20 à 16 en Auvergne.



Le début de saison est extrêmement pénible pour Grenoble, qui vient d’essuyer trois revers de rang, dont le dernier, forcément problématique, sur le terrain du promu lyonnais. La seule apparition cette saison des Isérois au Stade des Alpes s’est soldée par une défaite, survenue lors de la 2ème journée devant La Rochelle. Autant dire qu’un sursaut, dès ce week-end, semble déjà indispensable pour le FCG.

Brive a parfaitement réussi son entame de championnat, avec en point d’orgue la formidable victoire obtenue la semaine passée sur la pelouse de Toulon. Ce déplacement, qui sera tout de même le troisième en quatre journées pour le CAB, sera pour le club l’occasion de réussir là où il avait échoué en 2015-2016, quand il avait été battu de justesse (22-26) en terre grenobloise.



La Rochelle a prouvé en quinze jours qu’elle avait franchi un palier et qu’il faudrait compter avec elle dans l’optique de la qualification. Après une victoire convaincante à Grenoble, l’ASR a en effet doublé la mise, et de quelle façon, à Castres lors de la journée précédente (26-18)
Les joueurs de Patrice Collazo retrouvent Marcel Deflandre, ce week-end, où ils avaient été accrochés par Clermont (30-30) pour le compte de la 1ère journée.

Le LOU a enregistré son premier succès en 2016-2017 le week-end précédent, en venant à bout du FCG sur ses terres. Mais il faut maintenant se déplacer, et jusqu’ici, le seul voyage du promu cette saison s’est conclu par une défaite (16-29), concédée il est vrai sur la pelouse du Racing.



Après un début de saison extrêmement compliqué, Montpellier a su relever la tête la semaine dernière en s’imposant logiquement et sans aucune contestation possible à Bordeaux-Bègles.
Battu à Yves du Manoir par Clermont, il y a quinze jours, le MHR retrouve son stade avec la volonté manifeste d’y engranger son premier succès de la saison.

Après deux défaites consécutives, dont une survenue à domicile face à Toulon, la Section a connu sa première victoire de la saison, la semaine dernière devant Bayonne. Les Palois, la saison passée, avaient réalisé l’une des sensations du championnat en s‘imposant dans l’Hérault, 19 à 16. Réussir la passe de deux comblerait évidemment le club béarnais, qui sera néanmoins plus qu’attendu par son adversaire du jour.



Le Stade Français, visiblement, a laissé derrière lui sa fort décevante saison passée et a entamé l’exercice en cours sur de nouvelles bases : avec une victoire, un nul et une défaite (bonifiée), le club de la capitale n’a pas manqué son entame et se positionne dans la première moitié de tableau. Ce deuxième rendez-vous d’affilée à Jean Bouin est en tout cas l’occasion de confirmer ces bonnes dispositions.

Après deux premières prestations convaincantes, Castres a chuté à la surprise générale devant Brive il y a quelques jours. Le club tarnais va maintenant devoir rattraper les points perdus, alors que jusqu’ici, le seul déplacement du CO s’est soldé par un résultat nul sur la pelouse de Bayonne. Les Tarnais voudront faire mieux à Paris qu’il y a un an, où ils n’avaient pour ainsi dire pas existé (défaite 9-22).

A 37 ans, David Skrela a bouclé la boucle en terminant sa longue carrière à Colomiers, le club qui l’avait lancé au plus haut niveau. L’ancien demi d’ouverture se remémore les moments forts de son parcours où il a également porté les couleurs du Stade Français, de Clermont, et bien sûr du Stade Toulousain.

Tu as joué trois ans au Stade et gagné deux titres majeurs. Quel est ton plus beau souvenir avec le club ?

La Coupe d’Europe en 2010, incontestablement, puisque je n’avais pas eu la chance de la remporter auparavant. J’étais venu au Stade pour gagner ce trophée. C’était une belle finale, au Stade de France face au Biarritz Olympique. On remporte le 4ème titre européen de l’histoire du club sur le score de 21 à 19. Un très beau souvenir.

Et le pire ?

Il n’y en a pas trop, car je suis tombé dans une génération exceptionnelle durant mes années toulousaines… Les Jauzion, Servat, Kelleher, Dusautoir, Albacete… Quand je rentrais sur le terrain, je me demandais souvent comment on pouvait perdre.
Le pire souvenir serait peut-être la première année, où nous n’avons pas remporté de titre. Quand on joue au Stade et qu’on ne gagne pas de trophée majeur, notamment à cette époque-là, c’est un peu compliqué. Mais on a par la suite remporté la H Cup en 2010 et le championnat en 2011. Sur mes trois années, c’était dans l’ensemble plutôt pas mal (sourires).

Toi qui as été champion de France avec le Stade Français et le Stade Toulousain… Tu peux le dire maintenant : avec quelle équipe est-ce mieux de soulever le Bouclier ?

Le premier Bouclier est toujours le meilleur. On découvre une sensation inconnue, celle de soulever le Brennus, qui reste quelque chose de mythique pour un joueur de rugby. Quand on le tient dans ses mains pour la première fois, c’est toujours quelque chose de spécial dans une carrière. Quand on a la chance de gagner le championnat plusieurs fois, on ne peut pas dire évidemment qu’on est habitué ou blasé, mais la première est toujours particulière.
Mais attention, avoir gagné le Top 14 avec le Stade Toulousain reste un souvenir exceptionnel. Ramener le Bouclier sur la place du Capitole pour le présenter aux supporters, avec ce monde incroyable qui vous attend, c’est un moment à part… Sans compter le tour des bars et les échanges avec le public. Tout cela donne une ambiance incroyable et unique.

Tu as connu les affrontements des deux Stades à une époque où la rivalité était très forte. Il s’agissait vraiment de rencontres particulières ?

Oui, à l’époque avec Biarritz, c’étaient les trois équipes qui dominaient le championnat. Les titres se jouaient souvent entre ces clubs, même si Perpignan et Clermont ont eu également leur mot à dire.

Et c’est vrai que quand on rencontrait une de ces équipes, il s’agissait d’affrontements particuliers, avec une mention spéciale pour les matchs entre les deux Stades. La rivalité capitale/Capitole, à la fin des années 90 et au début des années 2000, était forte. C’étaient des matchs avec beaucoup d’engagement, avec une suprématie en jeu à chaque fois. En début de saison, quand on découvrait le calendrier, on cherchait tout de suite les dates de ces rencontres.
Aujourd’hui, c’est beaucoup moins le cas car d’autres équipes ont émergé et sont devenues des places fortes du rugby français : le Racing, Montpellier… Il y a maintenant beaucoup de clubs qui sont potentiellement capables d’être champions ou de bien figurer en Coupe d’Europe.

Dans toute ta carrière, quel était le joueur le plus guerrier, qu’il valait mieux avoir avec que contre soi ?

Il y en a eu, mais je pense instinctivement à Yannick Bru, qui m’a fait souvent mal, avant de devenir mon coach par la suite… Je me souviens précisément d’une demi-finale en 2006, alors que je jouais au Stade Français, qu’on perd à Lyon, 12-9 face au Stade Toulousain. Un match où j’avais beaucoup souffert face à lui.
Après, il y a également Yannick Jauzion, très dur à l’impact. Il vaut mieux jouer avec que contre ! Mais ce ne sont évidemment pas les seuls, il y a beaucoup d’autres exemples.

Quel joueur t’a le plus bluffé par son talent ?

Quand j’étais à Paris, c’était Juan Martin Hernandez. En ce qui concerne mes années toulousaines, il y en avait vraiment beaucoup. Servat, Jauzion, Kelleher… Je ne vais pas tous les citer. Il ne pouvait pas nous arriver grand-chose. Il n’y avait que des très bons joueurs, tous de la même génération. C’était une addition formidable de talents, et l’ambiance entre nous était incroyable. Dans les moments un peu compliqués, cette entente fait toujours la différence. On a toujours plaisir aujourd’hui à se revoir, à discuter, à manger un bout ensemble.

Au Stade, quel était le joueur le plus drôle dans le vestiaire ?

Le plus drôle ? A part moi (sourires) ? Non, sérieusement, je ne pouvais pas prétendre à ce titre ! Il y avait Jean Bouilhou, dans un style particulier mais qui m’amusait beaucoup, un peu pince-sans-rire. Mais tout le monde chambrait un peu… avec deux maîtres en la matière, qu’étaient Cédric Heymans et Jean-Baptiste Elissalde, toujours présents dans cet exercice !

Le plus râleur ?

Il y avait ceux qui n’aimaient pas perdre, comme Clément Poitrenaud et Vincent Clerc. Dès qu’on faisait des jeux, même les plus anodins, c’était la compétition… Après, ce n’est pas un défaut, et même plutôt une qualité quand tu es sportif de haut niveau.

Des râleurs, des grincheux dans la vie de tous les jours, il n’y en avait pas beaucoup. Mais je ne peux pas ne pas évoquer Florian Fritz. Il râlait très souvent et pouvait bouder longtemps (sourires).

Un mot sur l’équipe de France, où tu as tout connu : le meilleur avec une victoire dans le Tournoi, et peut-être le pire sur un plan personnel avec la Coupe du Monde 2007 ?

Je crois que l’équipe de France a été en quelque sorte un rendez-vous manqué sur un plan personnel. Je jouais au poste de numéro 10 et historiquement, celui qui évolue à ce poste ne s’installe pas très longtemps chez les Bleus. J’ai parfois été blessé, parfois pas très bon…

J’ai eu la chance de pouvoir porter ce maillot, mais la continuité a été un peu plus compliquée, notamment au niveau des Coupes du Monde.
Malgré tout, je n’en garde que de bons souvenirs, même si, sur le coup, c’est parfois difficile à vivre. Mais on passe à autre chose, et j’ai tellement vécu de bons moments en club… L’équipe de France, en ce qui me concerne, constitue un regret. C’est dommage, mais il faut aussi relativiser.

C’est vrai, mon meilleur souvenir en sélection reste la victoire lors du Tournoi. Pour ce qui est de la Coupe du Monde 2007, je fais partie de l’équipe qui perd contre l’Argentine lors du match ouverture, avec le traumatisme que cela a été. Après, c’est compliqué de s’en remettre. Et en 2011, je me blesse lors du premier match… L’équipe de France, ce n’était pas pour moi !

Tu as stoppé ta carrière à 37 ans, il y a seulement quelques mois. Physiquement ou mentalement, tu étais arrivé au bout ?

Mentalement, ça allait. Physiquement, ça commençait à être un peu dur, notamment lors des entraînements, alors que les matchs se passaient bien. J’ai commencé le rugby à 6 ans, j’en ai 37 aujourd’hui, je me suis dit que c’était le moment d’arrêter. J’ai vécu de belles choses, j’en ai profité au maximum. J’ai maintenant d’autres activités, et le timing était idéal pour passer à autre chose et entrer dans la vraie vie.

Tu as d’ailleurs décidé de terminer ta carrière à Colomiers, là où tout avait commencé. Est-ce quelque chose que tu avais toujours souhaité ?  

Franchement, ce n’était pas calculé. Après Clermont, j’aurais encore pu continuer dans un club de Top 14 puisque j’avais eu des propositions.
Colomiers m’a alors proposé quelque chose et je me suis dit : « Pourquoi ne pas donner un coup de main à mon club formateur ? ». Tout s’est très bien passé puisqu’on a terminé sur une demi-finale de Pro D2. Le club est à sa place à ce niveau. C’était une très belle expérience pour moi. J’ai fini où j’ai commencé, après avoir connu trois autres clubs. J’ai été champion, j’ai côtoyé de grands joueurs… J’ai été très gâté.

On évoque souvent un grand vide chez les sportifs de haut niveau quand ils arrêtent leurs carrières. C’est quelque chose que tu as ressenti ?

Pour l’instant ça va. Je pense que ça va me manquer quand je vais voir les matchs à la télévision, surtout les phases finales ou encore les échéances importantes en Coupe d’Europe. Ça me donnera toujours envie de jouer. Mais j’en ai bien profité durant des années, il faut savoir aussi passer à autre chose. Il y en a d’autres qui ont réussi à faire sans le rugby, et il n’y a pas de raison que ce ne soit pas mon cas.

Beaucoup de joueurs disent, une fois leur carrière terminée, qu’ils n’ont pas vu le temps passer et que tout va finalement très et trop vite. Tu le vois comme ça ?

Oh oui ! On ne s’en rend pas compte quand on est dedans… Il y a les déplacements, les entraînements, c’est toujours un peu pareil. Mais c’est vrai que quand on s’arrête, que tu ne repars pas à l’entraînement le 1er juillet, tu te refais un peu le film de ce que tu as vécu et tu te dis que c’était génial…
Oui, une carrière passe très vite, mais j’en ai bien profité. Il y a des choses qu’on a vécues quand on était sur un terrain de rugby qu’on ne revivra plus jamais et que le commun des mortels ne vivra pas. Nous sommes des privilégiés pour avoir bien gagné notre vie en pratiquant le sport qu’on adore.

Pendant plus de vingt ans, une grande partie de ta vie a tourné autour du rugby et était rythmée par le rugby. T’imagines-tu couper totalement les ponts avec ce sport dans les années ou les mois à venir ?

Presque 30 ans… Mais c’est aujourd’hui une réelle interrogation. Je suis à Colomiers, où j’interviens encore un peu avec les buteurs, une ou deux fois par semaine. C’est vraiment à petites doses. Mais passer réellement de l’autre côté de la barrière ? Pour l’instant je ne sais pas, c’est encore trop frais. Pour entraîner, on sait qu’il y a peu de postes et beaucoup de candidats, c’est compliqué. C’est un poste exigeant aussi, donc ça nécessite de faire des choix. Je me laisse un peu de temps, mais je ne ferme la porte à rien en tout cas.

On a vu que tu avais suivi et vibré pour Gaëlle, ta petite sœur, lors des JO ?

Oui, j’étais à Rio ! C’était la première fois que je voyais des Jeux. C’est dommage qu’elles n’aient pas gagné le bronze (N.DL.R : l’équipe de France de basket a terminé 4ème du tournoi), mais c’est de l’expérience acquise quoi qu’il arrive. Les Jeux Olympiques, c’est en quelque sorte le mythe de tout sportif. C’était vraiment très sympa : j’ai vu les matchs de ma sœur, les matchs de rugby à 7 et j’ai également pas mal visité. Quitte à être à Rio, je ne voulais pas faire que les Jeux.

Que fais-tu aujourd’hui ?

Quand j’étais à Toulouse, j’avais déjà monté ma structure qui fait du crédit, de l’assurance et de la gestion de patrimoine. J’ai passé un Master 2 dans ce domaine à Clermont, pendant ma carrière. C’est ce qui constitue mon occupation principale, et, comme je l’ai dit précédemment, je suis également à Colomiers quelques fois par semaine.

Le mot de la fin ?

J’ai vécu trois années magnifiques au Stade, que ce soit avec mes partenaires, tous les gens qui gravitaient autour de l’équipe, le personnel administratif et les supporters évidemment. C’est toujours un plaisir quand je reviens de temps en temps voir les matchs, car les gens sont toujours sympas avec moi. Cela a été un grand honneur de porter le maillot rouge et noir !